dimanche 23 août 1936

            

          La presse locale et régionale avait donné plusieurs mois à l'avance la description détaillée du Calvaire de Rosay. L'église était trop petite pour recevoir une manifestation de cette ampleur. Le Comte René de Valon avait mis à disposition le parc du château. La presse fournira les chiffres de 3000, 4000 peut-être même 5000 personnes !  


        
       Gabriel Bretocq
         1873-1961

            L'abbé Gabriel Bretocq avait achevé depuis le mois de février son oratorio GOLGOTHA: une trilogie -le Messie annoncé-la Passion-la Mort de Jésus, adaptée sur des textes bibliques et liturgiques. Le compositeur Georges Brun, qui possédait une résidence secondaire au village, en avait écrit la musique. Prix, Lauréats et professeurs du Conservatoire accompagnèrent au sein d'un orchestre les chanteurs pour certains de l'Opéra. Les maîtrises de Rouen, Lyons, Charleval et Romilly sur Andelle fournirent des choristes accomplis. La première audition de cet oratorio était donnée ce 23 Août.

 
La construction du Calvaire
  Sur un terrain généreusement offert par M. le Comte de Valon, le Calvaire de Rosay-sur-Lieure (Eure), va être édifié tout prochainement avec des pierres provenant de l'Eglise incendiée Saint-Nicolas de Rouen. Une grande stèle agreste, en pierres rustiquées, de huit mètres d'élévation, présentera, en haut et en avant, dans un vide ouvert sur la forêt et flanqué de contre-forts trapus, un Christ terre cuite naturelle de un mètre quatre-vingts attaché sur une croix de chêne. Adossé à la stèle, un autel-reposoir semi-circulaire aura sa table constituée par une ancienne meule de moulin.

L'Abbé Gabriel Bretocq, curé de Rosay-sur-Lieure, remercie à l'avance et de tout cœur, les généreux lecteurs qui auront l'amabilité de lui envoyer une offrande, si minime soit-elle, pour le Christ reconnaissant toujours.
             Compte chèques postaux Rouen 208-13

   
 
 
 
 
 


Les Vêpres dans le parc du château


           L’église était trop petite pour accueillir les 3000 visiteurs. Cinq à six cents personnes resteront sur les routes des environs, faute de place dans les autocars. La cérémonie débutera à 14h30.
           La presse rapportera:
« M. Le Comte de Valon, doyen et vice-président du Conseil Général de l'Eure, a gracieusement offert le terrain sur lequel est érigé le Calvaire. Il avait mis à la disposition de M. l'abbé Bretocq le parc incomparable du château de Rosay, où se déroula la première partie de la cérémonie.
           Dans une vaste clairière qui, non loin de l'entrée du parc, forme une vraie cathédrale de verdure, suivant le mot très exact de Mgr Gaudron, évêque d'Evreux, un autel avait été dressé dont la croix portait le linceul de la Résurrection du Christ. Tout autour en gradin, se tenaient des enfants aux robes et aux ailes d'ange au pied figuraient des enfants, jeunes gens, jeunes filles, revêtus des costumes de l'époque de Jésus-Christ, les uns portant les instruments de la Passion, les autres représentants tous les personnages dont l'Evangile a transmis les noms et le rôle dans le drame du Golgotha.
A gauche de l'autel, un trône avait été dressé pour Mgr l'Evêque d'Evreux...
           A droite de l'autel un abri de bois sous lequel prirent place les chanteurs et les musiciens qui assuraient la partie artistique: l'oratorio
»


Jésus : Jacques Halleur             Marie-Madeleine : Denise Servan            Simon : Gildas
Trompettes : Gallard et Delaruelle        Soldats : Delacour et Vigreux        Centurion : Quesnel


La Vierge : Denise Fortin           Sainte Véronique : Nelly Halleur
Simon : Gildas            Jésus : Jacques Halleur         Saint Jean : ?



Rosay Infos 2000 :

Jeanine Benoist: « Mon meilleur souvenir c'est d'avoir participé à l'inauguration du calvaire, j'étais habillée en petite robe blanche et coiffée d'une couronne de fleurs. Pour moi c'est dans la cour du château que la cérémonie était la plus belle avec la vierge installée sur des bœufs blancs »





La procession au portail du château


Simon porte la croix du Christ vers le Calvaire.


Les Anciens Combattants avec le drapeau de la commune dans le cortège, au portail
du château.
Toutes les communautés spirituelles et laïques participeront à
cette journée à l’exception…. des communistes de la vallée de l’Andelle.


La procession du Clergé.
Tous les prêtres des doyennetés de Fleury et de Lyons étaient présents et en grand
nombre ceux des diocèses de Rouen et Evreux.
Parmi les personnalités : le R.P Dom Perdriait de Saint Wandrille, 
l’évêque d’Evreux Mgr Gaudron et son archidiacre Mgr Lejard.


Les enfants en longues tuniques, aux ailes déployées, portent les instruments de la Passion

La Bénédiction du Calvaire


Les Saintes Femmes 
Marie-Madeleine : Denise Servan        Egyptiennes : Nelly Halleur et Micheline Soudan    
Samaritaines : Odette Soudan       Sainte Véronique :

LE CALVAIRE

A Notre-Dame de Rosay

Dans le riant vallon, que vient baigner la Lieure,
Bientôt s’érigera le Calvaire sanglant
Où le Christ étendant Ses bras d’où le sang pleure
A racheté le monde en un soir terrifiant.

Dans la très vieille Eglise où s’endorment les heures,
Tenant sur Ses genoux Son tout petit Enfant,
La Vierge apercevra de Sa calme demeure
Son Jésus sur la Croix accroché tout vivant.

Vers la stèle de pierre énorme qui L’honore,
Lui que vingt siècles morts font plus vivant encore,
Verra Son Peuple ému venir par les chemins.

E
t, la tête penchée en face de l’Eglise,
Il reverra Sa Mère, alors qu’il agonise,
Le berçant tout rieur entre Ses bras divins.

                        G . HIVER 





Bénédiction solennelle avec l’eau et l’encens.

            
           Dans son discours, Mgr Gaudron aura des paroles d'espoir " Qu'au pied de cette croix, où Jésus expire, vivement aussi expirent aussi, impuissantes, tant de haines fratricides dont est violemment agité le monde de l'heure présente. "
           Vaine imploration, la guerre éclatait trois ans plus tard.
 





La photo souvenir de tous les participants.

 Dans le « Messager », l’abbé Bretocq remerciait chaleureusement toutes les bonnes volontés qui, avec entrain et dévouement, avaient permis le succès de cette journée mémorable :

          M.de Bray, un tisseur -M.Vardon le peintre- M.Mutel le décorateur-M Rovart l’organisateur- Jean Cognard l'ami fidèle qui avait mis à disposition 15 m3 de bois pour l’estrade et son abri -Messieurs Fernand Halleur, Danne, Post, Beauclé, Bruneau, Villerest, Capy, Chambre, Delaruelle, Picard, Compagnon, Belin, etc.

           Aux sœurs de Saint-Vincent de Paul, Mmes Aubot, Halleur, Munier et Soudan pour leurs travaux de couture. 

           Les directeurs des filatures de l’Andelle qui avaient fourni les tissus nécessaires.

           "Et pas de grève sur le tas!" avait cru bon d'ironiser dans son article le journaliste du Messager.