Les médaillés de Sainte Hélène domiciliés à Rosay en 1857

             Le 15 avril 1821, lors de son exil à Sainte-Hélène, Napoléon dicte un testament comportant une partie qui doit se comprendre comme un acte de reconnaissance à l'égard de ceux qui, de 1792 à 1815, avaient combattu « pour la gloire et l'indépendance de la France ». Dans ce but, il lègue la moitié de son patrimoine privé, qu'il estime alors à 200 millions de francs. Vœu sans suite car, dès 1814, le traité de Fontainebleau avait décidé que les biens que l'empereur possédait encore, au moment de son abdication, devaient revenir à la Couronne. Le 5 août 1818, ces biens étaient confisqués au bénéfice du trésor Royal.
            
             La situation précaire, sinon misérable, dans laquelle se trouve un grand nombre des vétérans, conduit Napoléon III dès 1850 (président à cette époque) a attribuer des secours viagers à environ 10000 d’entre eux. Le financement de cette mesure est assuré par un crédit de 2 700 000 francs. Son renouvellement annuel permettra à de nouveaux bénéficiaires de remplacer les décédés.
                
             A Rosay, on relève cette misère dans les courriers du maire au préfet, en 1856 et 1869 pour Lecoeur:
          - Ferrant «Devenu presque aveugle, il ne peut plus travailler et se trouve forcé de recourir à la charité publique » 
          - Giguel « plusieurs blessures qu’il a reçues à l’armée l’empêchent de pouvoir gagner assez d’argent pour vivre » 
         - Lecoeur « un homme usé physiquement et moralement. Il a un pied atteint de gangrène sèche et paraît devoir bientôt s’éteindre ». Le préfet de l’Eure, Janvier de la Motte, accorde un secours de 30 francs « à ce malheureux vieillard dans le dénuement le plus complet »

             En 1857, Napoléon III, en créant la Médaille de Sainte-Hélène, exauce le vœu de son oncle. Il honore " les militaires ayant combattu sous les drapeaux de la France de 1792 à 1815 " . C’est la première médaille commémorative française. Ce n'est pas une décoration sélective. Elle concerne tous les anciens combattants de la Révolution et de l'Empire, sans autres critères que celui d’être vivants..
           
              La distribution se fait dans toute la France le dimanche 15 novembre 1857, jour de la fête de l'Impératrice et anniversaire de la bataille d'Arcole. Elle sera tirée à environ 300.000 exemplaires. Lecoeur est inscrit N° 179 207.

Liste des médaillés à Rosay


CARON Joseph Théophile (1792-1860 )
engagé en 1812 -149e de lignes.
Maçon, marié à Marie Moisant en 1816.

CATELIN Fulgence (1794-1881)
engagé en 1813 - 28e de lignes.
Charpentier, marié à Louise Girard en 1822.
Il demeure au Roule et se fait connaître par son opposition à la création de la chute d’eau de la filature en 1824

DELARUELLE Joseph Médéric (né à Ménesqueville1786 - ?)
engagé en 1814. Soldat au 3ème voltigeurs ( fantassin de la garde impériale porté en première ligne par un cavalier qui le prenait en croupe)
Scieur de long, marié à Marie Feuillette en 1814.

DUBOIS Jacques Augustin Chrisostème (né à Grainville 1794-1866)
engagé en 1813 - 5e de lignes.
Menuisier, marié à Marie Michel en septembre 1814

ETIENNE Jacques Cyprien (1794 - ?)
engagé en 1814 - 140e de lignes.
Sabotier, marié à Joséphine Delamare en 1816

FERRAND Louis Nicolas (1788-1865)
engagé en 1807 ou 1808 - 100e de lignes.
Mariage à Lyons en 1846.

GIGUEL Alexandre Athomase (né à Ecouis 1791-1860)
engagé en 1813 - 4e cuirassiers.
Journalier, marié à Marie Duchene en 1815.

LECOEUR Jacques (né à Perriers 1789 - ?)
engagé le 5 mars 1813 - 21e Dragons -  matricule 33
Après la retraite de Russie, il entre au 16e régiment des dragons - matricule 2706. Il quitte son régiment à Strasbourg le 12 septembre 1815 et rentre à son foyer.
Menuisier, marié à Catherine Alliet en 1818.

POYER Casimir Hyacinthe (1793- ?)
engage en 1812 - 44e de ligne.
Garçon jardinier, marié à Marie Tremblé en 1815. Il est le fils de Pierre Poyer, maître-jardinier au château de Rosay.
La fille de Casimir épousera Xavier Dupont, l’initiateur du maraîchage à Rosay.

VIEL Jacques ( 1793- ?)
engagé en 1812 - 51e de lignes .
Pas d’autres renseignements.




Le coffret présentoir


 

La médaille était présentée dans une boîte en carton blanc portant, en relief sur le couvercle,
l'aigle impérial, la dédicace et la date du décret. Un prospectus vert y était joint.
Sur le revers de la médaille:  CAMPAGNES  DE  1792  A  1815 
 A  SES  COMPAGNONS  DE  GLOIRE  SA  DERNIÈRE  PENSÉE
                      Ste-HÉLÈNE  5  MAI  1821.

Le certificat de Jacques Lecoeur

   En octobre 1857, le maire de Rosay, M.Milliard,
renvoie à la préfecture une liste de dix résidents ayant droit à cette médaille.