La rue des Maraîchers, qui part de l’église et longe la rivière jusqu’à Ménesqueville, témoigne du maraîchage dans la vallée de la Lieure à Rosay depuis le milieu du XIXème siècle. Les terres cultivées s’étendaient le long de la rivière entre le château et le moulin de la Bretêque. Jusqu’à l’adjudication de 1942, ces terres et herbages seront  propriétés de la famille de Valon. Quatre familles - Dupont, Delacour, Robert, Queudray maintiendront cette activité jusque dans les années 1980 pour la dernière d’entre elles.On récoltait le radis, la salade, le salsifis, les haricots, les asperges, … tous les légumes d’un potager sans oublier les fruits : poires, pommes, melons …On cultivait dans les serres, sous châssis, sous cloches de verre pour la salade et on faisait les marchés de la région : Rouen (Saint Sever ?), Ry, Charleval, Lyons, Fleury sur Andelle. On vendait également sur place.

     X
avier Dupont , l’arrière grand-père, sera le premier maraîcher de Rosay. Il épouse la fille de Pierre Poyé, le jardinier du château. Le couple signe un bail avec le comte de VALON et s’installe dans la maison près du château. Chaque semaine, ils partent sur Rouen en voiture à cheval vendre sur les marchés légumes et fruits frais. La famille Dupont quitte cet endroit vers 1885 pour vivre près de l’église. Xavier Dupont demande une autorisation de prélèvement d'eau dans la Lieure pour irriguer ses cultures, le 29 Juillet 1885. L'autorisation est accordée le 5 Janvier 1886. Les canalisations seront de 60mm maximum et le demandeur ne pourra prétendre à aucune indemnité en cas d'annulation du droit.


Plan présenté lors de la demande du 29 juillet 1885. A droite, le moulin de la Bretêque.
( archives départementales Evreux)

      Victorine, l’une des huit filles, épouse un Dupont (sans lien de parenté) et ouvre un café-épicerie dans la maison actuelle d’Alex Molard. Deux autres filles épouseront, l’une Victor Robert, l’autre Maxime Queudray, unissant ainsi par des liens de cousinage toutes les familles de maraîcher à Rosay.

Xavier Dupont (1820-1891)

Inscription à l’encre : Rouen Saint Sever.

        L’aïeul de la famille Dupont, vers 1870, est l’arrière grand-père.
         Il est membre du conseil municipal en 1880 et sa pierre tombale est l'une des rares encore debout dans le cimetière de l'église
Le montage de la photo est  de son petit-fils.
         Les fleurs du cadre sont de son arrière petit-fils, prédisposé pour la peinture car il n’avait alors que 7ans.


En 2001 : la maison d’Albert Delacour, en plein jardinage.
Un siècle exactement sépare les photos du grand-père et du petit-fils.
Ce sera la demeure de la famille Dupont à partir de 1860-1870.


Photo de 1901 
A gauche, Louis Delacour avec deux arrosoirs. Près de lui sa femme.
A droite un ouvrier et trois sarcleuses. L’aîné des quatre enfants, Georges, né en 1894, tient la brouette.
Répertoriée dans l’inventaire du canton de Lyons, cette maison de 1828 n’a pas changé.
On aperçoit au fond la « voiture »  pour faire les marchés.

       Louis Delacour succède à Xavier Dupont et s’installe vers 1885 dans cette même maison. La photo ci-dessus montre Louis avec femme, enfants et employés. Une impression de prospérité semble s’y dégager.Le fils aîné, Georges, prend la suite de son père. Il signe des baux chez Maitre Levieux, notaire à Lyons, pour la location de la maison, des terres et herbages avec le vicomte René de Valon : 300F en 1920 et   4000F en 1935.
              Georges Delacour achètera l’ensemble de la propriété lors de la liquidation de la succession du comte de Valon en 1942. Son fils Albert poursuivra la culture maraîchère jusqu’à sa retraite en 1989.


La culture maraîchère près du château, vers 1910
Louis Delacour et son fils Georges
louent les terres au Comte de Valon.
On aperçoit à droite de la maison l'un des trois lavoirs du village.

 

Récolte de choux de bruxelles
durant la dernière guerre

Photo de 1927
Georges, le père d’Albert Delacour,
a pris la succession de son père Louis.

Au fond, le lavoir de la côte du château
       Après l’église, c’est la famille Robert qui exerce la culture maraîchère. Dès 1890, Victor puis René son fils et Claude son petit-fils se succèderont jusqu’à l’arrêt de l’activité professionnelle en 1977.
              A ses débuts, Victor imagine un réseau d’irrigation en eau tempérée pour ses cultures. Son idée première est de puiser l’eau sur le coteau au-dessus de la maison. Hélas, durant les travaux, un effondrement manque de tuer l’ouvrier qui travaillait dans le puits. Cette anecdote tient du grand-père de Jean et Max Dupont. Qu’à cela ne tienne ! on fore moins profond près de la route. Et fidèle à son idée, Victor Robert creuse une réserve de 7 m3 sur les hauteurs au-dessus de sa maison. Son cheval, sur un tourniquet, pompe l’eau de la source puis la refoule vers cette réserve. De là-haut, un ingénieux système de canalisations perforées, de robinetterie assure la régulation de l’irrigation. Et on en profite pour alimenter « sous pression » la maison de Victor mais aussi celle du voisin, Mr Balmino !
               Notée dans le descriptif de vente en 1942, cette source située dans le jardin de la maison actuelle de Claude Robert, est aujourd’hui rebouchée mais son emplacement reste apparent.
               Victor Robert avait auparavant déposé en mairie une demande d’autorisation de prise d’eau dans la Lieure au moyen d’un bélier hydraulique le 4 Août 1898 et sans explications avait renoncé à son projet en octobre.



Victor Robert et son cheval. La maison en 2000 n’a pas changé d’apparence.

Au premier plan à gauche, on apperçoit les chassis.

Des poiriers en espalier étaient plantés le long d’un mur qui entourait l’arrière de la maison


      Toujours vers 1900, Maxime Queudray, qui a épousé une des filles Dupont, s’installe à son tour comme maraîcher sur les terres les plus proches de Ménesqueville.
              Joseph, fils et Joseph, petit-fils, se succéderont jusqu’à l’arrêt de l’activité en 1960.
Ci-contre, Joseph Queudray,
le petit-fils de Maxime Queudray
dans les années 1950
       Sur les photographies, aussi bien la tenue de Mr Dupont que celle de Louis Delacour laissent supposer que cette activité de maraîchage sera prospère au début des années 1900, conduite avec dynamisme et imagination. Après 130 années d’existence, la culture maraîchère est de nos jours en voie de disparition à Rosay.
               En vous promenant au long de ce charmant petit chemin entre Ménesqueville et l’église, à pied ou à vélo, vous verrez encore quelques cultures, des châssis, chez Claude Robert et près du château chez Albert Delacour, des salades sous cloche. Tous deux sont maintenant à la retraite.




Les dernières terres en maraîchage chez Claude Robert, retraité.
Les autres sont redevenues herbages.

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