Quatre grandes personnalités de la Résistance en Pays Lyonsais
Les journées des 23-24-25 Août 1944
Albert Delacour, survivant du martyr de Mortemer
Le monument de la Croix Vaubois
La croix des fusillés
Le souvenir d'Huguette Verhague

.... et sur deux autres pages du site
Les photos des cérémonies du souvenir en septembre 
Les photos des fusillés, des disparus et des rescapés

site à visiter: la résistance en Auvergne "Les ardents"

Quatre grandes personnalités de la Résistance en Pays Lyonsais  
       
      Dans son livre « Libération 44 », Jac Remise évoque la Résistance dans le canton de Lyons. Roger Duboc chef de groupe de l’O.R.A, délégué militaire de cette organisation pour les départements de l’Eure et de la Seine-Inférieure, Président du Comité du Souvenir de Mortemer, se souvient que seize résistants furent victimes des allemands dans cette région particulièrement dangereuse, parmi lesquels les onze martyrs de l’attaque de Mortemer dont les noms sont gravés sur la croix des fusillés.
       Dans la vaste forêt domaniale de Lyons, ces hommes ont en effet accompli des actes méritoires qu’il convient de rappeler puisqu’ils y cachèrent des aviateurs alliés, des réfractaires au S.T.O et des résistants, qu’ils fournirent quantité de renseignements aux alliés, organisèrent des parachutages d’armes, des sabotages et des attaques de convois..
       Quatre personnalités de la Résistance émergent dans le secteur de Lyons : Roger Vinay et Lucien Lanoy avec la C.N.D Confrérie Notre-Dame, Roger Thuret et Louis Régnier avec l’O.R.A Organisation de la Résistance Armée

       Brigitte Bieuville et le colonel Henri Collignon ont effectué un important travail de recherche sur la Résistance, à l'occasion du cinquantenaire de la Libération en 1994. Publiée par les "Amis de Lyons", elle est intitulée " La Résistance au Pays de Lyons" dont sont extraits les portraits de ces quatre résistants.

       Roger Vinay, pharmacien à Lyons la Forêt, membre du réseau C.N.D, communiquait par radio avec Londres. Le réseau C.N.D sera actif essentiellement en 42-43. L’une de ses tâches, outre la communication avec Londres, sera le repérage de pistes d’atterrissage qui seront principalement utilisées pour le transport de passagers clandestins..


Plaque souvenir posée en 2006
à la pharmacie de Lyons la Forêt


        Lucien Lanoy
, dit "Le Fauve", est né à Paris le 11 septembre 1902 . Gérant des Coopérateurs Normands à Lyons, il est le voisin du pharmacien, Roger Vinay. Il est le premier élément recruté sur Lyons par la C.N.D au sein de laquelle il est chargé des transmissions radio et de l'organisation matérielle des liaisons aériennes vers l'Angleterre dans le cadre d'opérations aériennes dirigées par un officier de réserve originaire de Lisors, Roger Hérissé pseudo "Dutertre" (son oncle par alliance).
        Les premières arrestations au sein de la C.N.D commencent en Juin 43. Il est arrêté le 18 novembre 43, déporté en Allemagne par un convoi du samedi 22 janvier 1944 de Compiègne à Buchenwald, convoi dans lequel se trouvaient de nombreux membres de la Confrérie Notre-Dame (Olivier Courtaud dit "Jacot", Gustave Colzy dit "Olaf", Jean Sciou dit "Faucon" ... et tant d'autres). Lucien Lanoy meurt au camp d’Ellrich le 2 mars 1945.
        A Lyons, Roger Vinay ne sera pas inquiété, Lucien Lanoy « n’a pas parlé » bien qu’atrocement torturé par la Gestapo. Lucien Lanoy reçoit à titre posthume la Légion d’Honneur, la Médaille de la Résistance et la Croix de Guerre. Les dénonciations et les arrestations entraîneront le démantèlement du réseau à la fin de l’année 1943. L’O.R.A prend la relève.

 



       Roger Thuret, ingénieur Arts et Métiers, entre en 40 dans l’Administration des Eaux et Forêts à Lyons. Contacté pour développer l’O.R.A dans ce secteur, Roger Thuret accepte sans hésitation, certain de recruter des hommes dans ses chantiers forestiers. La mission de l’O.R.A est orientée vers l’action.A partir de Mai 44, les arrestations s’enchaînent. Peu à peu les hommes de l’O.R.A sur Lyons sont coupés de leurs liaisons avec l’échelon supérieur. La faiblesse de leurs moyens matériels limite leur action à des embuscades.  

       Louis Régnier, cultivateur au Tronquay, est le résistant de la première heure. Il s’engage dans le groupe Kléber dès 1941 avec lequel il prépare les parachutages sur Etrépagny. En 1943, il rejoint les rangs de l’O.R.A. Il est alors adjoint de secteur sous le commandement de Roger Thuret. Lorsque les allemands viendront à sa ferme de La Lande Saint-Ouen, le 28 Mai 44 pour l’arrêter, ils ne trouveront que sa femme. En représailles, sa ferme sera incendiée. Entré en clandestinité, il rejoint les rangs des F.F.I dans lesquels il sera nommé chef de trentaine sur le secteur des Hogues et du Tronquay.

Retrouvailles le même jour avec de gauche à droite:
Roger Thuret, ingénieur des Eaux et Forêts, M Valognes
Louis Régnier et Henri Gantier, cultivateurs au Tronquay
M Viard déporté à Dachau et M Alépée, boulanger au Tronquay
Parachutage d’armes en forêt de Lyons. Louis Régnier.  La photo date de 1947.

Les anciens résistants viennent de déterrer un contenair provenant du parachutage du 10 Février 44.  
Ce parachutage de 14 containers avait eu lieu au vallon des Calouettes près du Tronquay. Seront ainsi récupérés :
68 mitraillettes STEN
20 fusils
12 pistolets
115 grenades
2 émetteurs-recepteurs
16 récepteurs radio
et quantité de munitions
La plus grande partie de ce matériel partira pour Rouen
Photo de 1947, Louis Régnier au pied d'un container provenant du parachutage du 10 Février 44.

Les journées des 23-24-25 Août 1944  

       En ce mois d’Août 44, l’O.R.A est en difficulté dans ce secteur de Lyons. Roger Thuret a nommé Jean Balmino chef des sizaines de Rosay, Touffreville et Lisors. Le 6 Juin, de nombreux engagements ont été signés et Jean Balmino s’inquiète du manque de cohésion de sa trentaine. Celui-ci persuade alors Roger Thuret, pour pallier à cette faiblesse, d’organiser fin Août « un exercice de mobilisation » en forêt de Lyons, près de Mortemer.Pour les allemands, ces routes en forêt de Lyons sont d’une grande importance. Elles leur permettent un retrait protégé par le sous-bois en direction de Morgny. L’aviation alliée leur cause des pertes importantes sur les grands axes routiers. Le danger de la situation n’a pas échappé aux résistants les plus expérimenté, l’horrible massacre d’Oradour sur Glane est dans tous les esprits. 
       Albert Delacour, l’un des survivants, aujourd’hui en 2000, âgé de 76 ans , se souvient : « Pour éviter que pareille atrocité ne se reproduise, nous avions décidé de limiter notre action à des embuscades sur des allemands isolés, dans le seul but de récupérer des armes légères . Dans ces derniers moments du repli allemand, chacun pressentait le danger » La première opération est lancée dans la soirée du 23 Août. Le campement du groupe est installé dans le chemin des 13%. Sous le commandement de Jean Balmino, ils doivent attaquer un groupe d’allemands près de la fontaine Sainte Catherine 
       « Parmi ces hommes se trouvaient deux aviateurs alliés qui vivaient cachés dans le grenier de la maison d’Huguette Verhague à Mortemer. Au moment de surprendre le groupe allemand, l’arme automatique sur laquelle reposait le succès de l’opération s’enraya. L’adversaire, mieux armé, réagit, et le commando se trouvant en position d’infériorité, ordre fut donné de décrocher. Tous les hommes, y compris les aviateurs, réussirent à regagner le camp. Nous étions alors une vingtaine. Maître Touraine, notaire de Fleury la Forêt, jugea alors prudent d’emmener, le soir même, en lieu sûr les deux aviateurs ».
       Jean Balmino, le chef, décide une nouvelle action pour le lendemain matin. Une sizaine se rendra à proximité de la fontaine Sainte Catherine.
       Albert Delacour : « J’avais conseillé la prudence mais j’étais très jeune et on ne m’a pas écouté. J’avais toutefois demandé que le groupe soit composé d’hommes expérimentés ».
Le 24 Août à l’aube, un groupe de six hommes - Jean Balmino, André Tellier du Roule, Albert Delacour et Robert Pohu tous deux du Vaumichon, Charles Rouland et Marino Rolland - armés de quatre mitraillettes et de deux revolvers se poste en embuscade près de la source de la Fontaine Sainte Catherine.
        « Lorsque nous avons vu arriver un command-car, nous n’avons pas bougé. Le véritable danger pouvait suivre. Quelques instants d’hésitation de notre part et surviennent une automitrailleuse et une colonne allemande. Les hommes descendent et commencent immédiatement à fouiller les taillis. Nous rejoignons tous le camp et là, nous constatons que nous sommes encerclés. C’est le sauve-qui-peut général. Je prends alors le risque de passer au travers des mailles du piège qui se referme. Ma bonne connaissance de la forêt aidant, je prends la direction de Mortemer et traverse les étangs. Mon compagnon de fuite, Robert Pohu, se fait rapidement une entorse à la cheville. Je le porterai jusqu’aux abords de Puchay où nous nous cacherons. Le lendemain, je décide de retourner vers Lisors. J’y rencontre René Loucopoulos, un solide gaillard, lui aussi résistant, et tout en lui racontant l’histoire, je lui conseille de fuir au plus vite ce qu’il ne fait pas. Moins d’une heure après, les allemands se présentent au garage et lui demandent de le suivre pour aller réparer un de leur camion. A-t-il tenté de sauter en marche du camion? On le retrouvera, une semaine plus tard au lieu-dit le Hêtre à Dieu, le corps criblé d’une rafale de mitraillette. Ce sont les anglais qui se chargeront de récupérer le corps en état avancé de décomposition. J’apprendrai qu‘André Tellier, Charles Rouland, Fernand Sébastien et Paul Derly ont eux aussi réussi à s’échapper »

Le garage Beauclé se trouvait au-dessus de l’actuelle boucherie
De gauche à droite : Félix Plaisant, Bernard Quevillon et André Beauclé

       Pour les autres, le piège sera fatal. Les hommes seront arrêtés, interrogés et torturés. Le 25 Août, sept hommes, dont certains creuseront leur tombe, seront fusillés par les allemands. 
Ce même jour, les allemands montent au village de Rosay. Arrivés vers 8 heures du matin au Roule, ils commencent à fouiller. Deux d'entres eux se présentent dans la matinée au café Gallard. Ils veulent réserver une chambre. Le patron leur répond qu'il ne fait pas hôtel. Qu'à cela ne tienne, les soldats grimpent à l'étage et s'installent. Dans la journée, ils sont à la recherche de Charles Rouland et d'André Tellier, le chauffeur au moulin près de l'église. Ils voudraient également l'adresse du cordonnier. Et par chance, au village un certain Saquet de près de 80 ans a exercé ce métier. On les envoie chez ce monsieur, persuadé que celui qu'on recherche est Roland Marino, dont le père est bien cordonnier mais à Charleval . 
       Dans la matinée, sortant de la forêt au-dessus du café du Roule, Charles Rouland et André Tellier sont aperçus. André Tellier est blessé au bras, le blouson traversé par une balle. On leur donne un change. Avertis de ce qui se passe, ils repartent au plus vite. Ils traverseront la Lieure et trouveront refuge dans le kiosque de la résidence secondaire de M.Halemme. Ils patienteront dans leur cachette deux jours jusqu'à la libération du village. Madame Bléas et son fils Adrien les ravitaillera avec un panier, prétextant aller ramasser de l'herbe pour les lapins. Et on comprendra la chance qu'avait eu Charles Rouland et André Tellier. On découvrira dans le grenier du café, un poste d'observation vers la lisière de la forêt. Un pardessus masquait la lucarne. Des soldats s'étaient postés là et avaient guetté toute la journée, heureusement quelques minutes trop tard.


Le Roule.
En lisière de forêt, le kiosque de M.Halemme marqué d'une croix sur le cliché où se cacheront durant
deux jours Charles Rouland et André Tellier
Au village, les allemands arrêtent sur son lieu de travail, le garagiste André Beauclé. Monsieur Soudan et Monsieur Pigné, le cafetier, lui avaient pourtant proposé, en vain, de le cacher. André Derly est arrêté à sa ferme du Coisel (ferme du rond-point avant Lisors), Jean Balmino revient dans la matinée à son domicile de Rosay.Il passe rapidement à son bureau et repart en bicyclette. Lui comme André Derly et André Beauclé ne seront jamais revus.

La recherche des corps des fusillés de Mortemer.

        Les recherches des corps des disparus débutent à la libération trois jours plus tard dans la plus grande prudence. Des allemands isolés mais armés errent en forêt de Lyons. Les cinq premiers corps sont retrouvés le 30 août vers 15 heures. Ils ont été hâtivement dissimulés sous de la terre et du feuillage. Quatre des corps - A.Saccépée - J.Bélliard - E.Schmitt - J.Vallat - sont retrouvés nus, affreusement mutilés à coups de baïonnette, les ongles arrachés. Le spectacle est horrible. La chaleur étouffante a décomposé les corps qui seront chargés avec de la paille dans un tombereau. Le cinquième corps, celui de G. Léon repose seul, à quelques mètres des autres, ayant subi semble-t-il moins de sévices. Les hommes penseront qu'il a eu la charge de camoufler ses camarades avant d'être lui aussi exécuté. Ces cinq hommes ont été découverts à droite du fossé dans un bois privé. La croix du souvenir a été placée à gauche du fossé dans le domaine public des Eaux et Forêts.
        Les corps de ces cinq martyrs sont emmenés directement au cimetière de Lisors. On ne sait qui a amené des prisonniers allemands devant ces cadavres mais la colère des villageois est telle qu'on leur promet une exécution immédiate. Ces prisonniers ne devront leur salut qu'à l'intervention d'un officier de l'armée anglaise.
        La découverte des deux autres disparus - G.Ouvry - H.Pétas - sera plus tardive, le 19 septembre. Les deux corps sont dissimulés sous une souche et une main qui dépasse attirera l'attention. Ont-ils été abattu dans leur fuite ? Les deux corps n'ont pas subi de supplice..

       
Ces hommes ont-ils été trahis?

       Les témoins confirmeront tous que les allemands possédaient une liste.
       Pour les uns, le maire de Rosay, le colonel Clausse, collaborateur affiché, aurait donné sa parole d'officier aux allemands que de tels faits ne se reproduiraient plus au village. En gage de bonne foi et pour épargner le village des terribles représailles qui étaient à craindre, il aurait fourni cette liste de suspects. Le colonel se suicidera deux jours plus tard dans la côte de l'église. 
       Pour d'autres, Jean Balmino aurait commis l’imprudence de posséder sur lui la liste de ses hommes.Albert Delacour : « Personne ne sait ce qui s’est passé lors de l’arrestation au campement. Je ne peux que confirmer la sincérité de mes souvenirs sur ce que j’ai vécu ces jours-là. Je n’ai jamais douté, même un seul instant, de la loyauté de notre chef, Jean Balmino. Des erreurs ont pu être commises, la libération approchait. Les alliés, ralentis par la résistance allemande dans la traversée de la Seine à Vernon, ne libèreront le canton de Lyons que le 30 Août »
       La vérité est probablement plus simple. Peut-on imaginer qu'aucun des sept hommes capturés n'ait parlé sous la torture des SS? Le plus jeune n'avait que dix-neuf ans!
       Le souvenir de Mortemer reste douloureux dans les vallées de la Lieure et du Fouilleboc. La veuve de Charles Rouland ( Charles est décédé il y a quelques années), le fils de Jean Balmino, vivent encore à Rosay et Georgette Derly fille d’André Derly, Mme Loucopoulos veuve de René à Lisors. 

       Dans « La Résistance au Pays de Lyons » Brigitte Bieuville et le Colonel Henri Collignon écrivaient en 1994:  « Cette -Affaire- de Mortemer n’est pas un fait d’armes au sens militaire et tactique. Mais toutes ces victimes méritent respect et admiration ; car elles ont agi par patriotisme et avec, comme souci premier, de combattre l’ennemi. En leur mémoire, un monument est érigé en forêt, sur les lieux du combat . Tous les ans, leur souvenir y est perpétué par une émouvante cérémonie ».
       Puisse le souvenir des Martyrs de Mortemer se transmettre aux générations à venir et demeurent à jamais présent dans notre mémoire Jean Vallat, Guy Léon, Achille Saquépée, Henri Petas, Emile Schmitt, Jean Bélliard, Gilbert Ouvry fusillés à la Croix, René Loucopoulos exécuté au Hêtre à Dieu, Jean Balmino, André Beauclé et André Derly disparus  

Albert Delacour, survivant du martyr de Mortemer

       Albert Delacour est un enfant de Rosay, né en 1924. Ses parents, avant qu’il ne prenne leur succession, étaient maraîchers au village près du château. Mr Vinay, pharmacien de Lyons et figure importante de la Résistance, venait s’approvisionner chez les parents d’Albert. C’est en ces occasions qu’il établira ses premiers liens avec la Résistance dès 1943.
        « J’ai participé à diverses petites opérations comme le sabotage des asperges de Rommel, sciées ce qu’il était nécessaire pour les rendre inefficaces avec une bonne frayeur un soir de pleine lune, manquant d’être surpris par une patrouille allemande »Sur le conseil de         Mr Vinay, il rejoint les rangs de l’O.R.A le 1er Février 1944. Il avait alors 20 ans et prenait pour nom Alfred. Au soir du 23 Août, il participait aux opérations près de l’abbaye de Mortemer, sous le commandement de Jean Balmino. 

        Albert Delacour est vice-président du Comité du Souvenir de Mortemer et s’est vu décerner :
                   La Croix du Combattant Volontaire de la Résistance remise à Mortemer
                   La Croix du Combattant 39-45 remise à Rosay
                   La Croix de la Reconnaissance de la Nation remise en septembre 2003

                             
                                         Le général Valuxen décore A.Delacour à la salle des fêtes de Rosay


Dimanche 7 septembre 2003 au monument de la Croix Vaubois
Le Colonnel Collignon remet à Albert Delacour
la Médaille de la Reconnaissance de la Nation
Le monument à la mémoire de l’O.R.A et des Forestiers
au carrefour de La Croix Vaubois
1939                                                        1945

CE MONUMENT EST DEDIE AUX DEPORTES DISPARUS TUES EN COMBAT DE LA VIème CONSERVATION DES EAUX ET FORETS ET DE L’ORGANISATION DE LA RESISTANCE ARMEE 

A droite
CL.M LE POITEVIN DE LA CROIX DE VAUBOIS CONSERVATEUR DES EAUX ET FORETS CL.M LAGUARRIGUE CDT.R FOLIOT S-LT.R BONNEAU PHELIPPEAU M.ROULLEAU J.BALMINO A.BEAUCLE J.BELLIARD J.DARGENTON
MORTS POUR LA FRANCE  

A gauche
A.DERLY G.HOULBRECQUE R.LABOUROT
G.LEIXA G.LEON R.LOUCOPOULOS
G.OUVRY H.PETAS M.REVERT A.SAQUEPEE E.SCHMITT J.VALLAT
MORTS POUR LA FRANCE

        Les résistants forestiers payèrent un lourd tribut. Le commandant des Eaux et Forêts, Michel Le Poitevin de la Croix de Vaubois et son adjoint le commandant Robert Foliot furent déportés vers l'Allemagne et n'en revinrent pas.
        Ce monument, impressionnant dans sa rudesse et sa sobriété, perpétue le souvenir de ces évènements tragiques. Conçu par un architecte de Rouen, Mr Lechaliier, il a été inauguré le 22 mai 1950 par Mr Valay, ministre de l'Agriculture.

       Dans son discours, Mr Lesage, Conservateur des Eaux et Forêts, dira:
"Pour honorer la mémoire de tels hommes, il fallait un monument aux lignes droites et simples comme eux, d'aspect rude et un peu farouche comme la lutte qu'ils ont soutenue. Nous avons voulu qu'il soit en pierres, et en pierres extraites de ce sol même sur lequel et pour lequel ils ont vécu et combattu, en pierres dont certaines ont peut-être été éclaboussées du sang des fusillés du 24 août 1944".
Paris Normandie du 23 mai 1950


Les bûcherons de Lisors en 1942.
La majorité d'entre eux seront impliqués dans la résistance et les actions de l'O.R.A
de gauche à droite
debouts: Guy Léon, Picard, Louis Brasseur, André Brasseur, ? , Fernand Lebel, Achille Saquépée, ?
assis: Paul Derly, Auguste Derly, Fernand Sébastien, Roland Ratel, Charles Ratel.
Guy Léon et Achille Saquépée seront fusillés le 23 août 1944 à Mortemer.

La croix des fusillés


Les noms de Jean BALMINO, André DERLY et André BEAUCLE   sont gravés sur la croix

Le souvenir d’Huguette Verhague


Huguette Verhague


La ferme de Mortemer où vivait Huguette à l'époque de la guerre.

La presse anglaise rendait hommage à Ron Leverington en novembre 2011.
Un habitant de Lyons, Alexander Brzeski, mène des recherches sur la résistance dans la région. Il a récupéré ces documents.


Huguette Verhague demeurait près de l'abbaye de Mortemer.
Elle a caché dans sa maison, outre les deux aviateurs présents dans l’opération du 23 Août, de nombreux soldats ou aviateurs alliés, jusqu’à cinq à la fois !
Revenu sur les lieux en 1997, Ron Leverington relate bien dans son journal de guerre ces six semaines passées au domicile d'Huguette Verhague. Il écrit en substance:
« Le 2 juillet Huguette nous a accueilli dans sa petite maison de Mortemer qui était sure et où nous avons été certainement plus confortables. Elle nous a logés dans un grenier au-dessus du poulailler. Nous pouvions voir la route à travers le toit. Là, elle avait déjà un évadé, Philip Hemmens. Huguette avait une façon particulière de récupérer les aviateurs. Si un avion tombait pendant le jour, c'était sans doute des américains, alors elle se promenait en chantant: «Yankie Doodle Dandy». Si la catastrophe arrivait la nuit, c'était probablement des anglais, elle changeait de chant et c'était «It is a long way to Tipperaray». Elle a passé des heures dans les villages environnants à chercher de la nourriture pour nous, Ron Philip et moi-même. Pendant la nuit, nous sortions avec Huguette pour reconnaître les champs qui pourraient convenir pour l'atterrissage des Lysanders et Hudsons pour déposer des armes et des agents. Nous avons eu un certain nombre d'aventures chemin faisant...
Les membres de la résistance locale nous ont beaucoup aidé en nous apportant de la nourriture. Le pharmacien de Lyons nous a apporté son aide médicale en soignant Reg qui avait été légèrement brûlé. M.Nicolas Coulouriotis de la résistance grecque venait régulièrement chaque dimanche de Paris et nous apportait en plus de la nourriture des produits de luxe comme du tabac et des pipes.
Une fois de plus, les allemands sont venus, cherchant des aviateurs alliés. Mais Huguette leur a donné des oeufs et leur a parlé en allemand. Ele parlait couramment aussi bien l'anglais que l'allemand. En cas de perquisition, j'avais mis au point un système d'alarme en attachant à l'extrémité de la corde où Huguette étendait son linge, une boite de conserve, de sorte qu'Huguette puisse la faire tinter en étendant ou en détendant son linge. C'était nécessaire surtout la nuit. Il y avait une sortie de secours dans notre grenier d'où nous pouvions plonger directement dans la forêt.
Nous sommes restés là environ six semaines. Le 7 août, la Résistance nous a déplacé: nous allions rentrer à la maison! Malheureusement Huguette était sortie à ce moment là.
»
Impartial du 10 avril 1997


A la libération, Huguette Verhague se dévoue encore pour les autres. Entre autre, elle aidera la veuve de Gilbert Ouvry à constituer le dossier administratif par lequel son fils Henri, âgé de deux ans, sera reconnu Pupille de la Nation.
Après les plus dures épreuves, Mme Huguette Verhague, accablée de maux et de difficultés matérielles, devait connaître la plus pénible des fins, aveugle et misérable, le 17 novembre 1961.


La reconnaissance officielle par l'armée anglaise de
l'aide apportée par Huguette Verhague aux marins, soldats et aviateurs des forces britanniques du Commenwealth.


Sergent Ron Leverington

Ron Leverington est mitrailleur dans un Halifax de la R.A.F lorsque le 29 juin 44 son avion est abattu à Goupillères. Il sera caché durant six semaines chez Huguette Verhague avant d'être dirigé sur Paris où un agent double le livre directement à la Gestapo. Il survivra jusqu'à la libération au camp de Buchenwald.
Ron Leverington est revenu à Mortemer en 1997 dire merci.
"Je ne pourrai jamais exprimer mon admiration pour la Résistance Française, pour leur bravoure, leur générosité, leur sollicitude. Mais Connie et moi, leur avons rendu hommage en appelant notre fille Anne Huguette.."
Impartial du 10 avril 1997