Les industries diverses au pays de Lyons
Les sabotiers
Les bucherons et charbonniers

La boissellerie Gilles Halipré au Roule 1878-1934
Les fardiers
Les marchands de bois


Les industries diverses au Pays de Lyons entre 1850 et 1960
      Charpillon et Caresme dans leur Dictionnaire Historique des communes de l'Eure affirment que le canton de Lyons -13 communes en 1868- n'a pour ainsi dire d'industrie que ce qui se rapporte à l'exploitation de la forêt, cependant on compte: 
12 moulins à blé: 2 à Lisors,  4 à Lyons, 2 à Rosay,  Bézu-la-Forêt, Beauficel + 2 à Ménesqueville
2 tuileries: Touffreville et Lyons
1 scierie mécanique: Lyons à Villaine
1 tannerie: Lyons
4 fours à chaux ou à plâtre: Touffreville, Lyons, Les Hogues et Ménesqueville (canton de Fleury)
1 carrière de pierre: Les Hogues
2 filatures de coton: Rosay, Vascoeuil + 2 à Ménesqueville (canton de Fleury)
1 carderie mécanique de laine: Vascoeuil
1 fabrique de pains à cacheter:  Fleury-la-Forêt
fabrication de sabots dans toutes les communes 
commerce de grains, chevaux, bestiaux et objets de ménage - 420 patentés. 

      Un siècle plus tard dans sa notice  " Le pays de Lyons et sa forêt domaniale -1962-", le conservateur des Eaux et Forêts G.LESAGE dresse le tableau de l'exploitation de la forêt de Lyons de 1850 à 1960. Il  écrit : 
             «  D’après M.Louis Passy (préfet de l'Eure à la fin du XIXème), la forêt de Lyons servait encore au XIXème siècle, à alimenter diverses industries : four à chaux, à plâtre et à briques, fonderies de cuivre, fabriques de zinc. Une importante scierie qui employait environ 300 ouvriers fonctionnait à Lyons. Des ateliers où l’on façonnait des pelles, existait à Lyons et à la Feuillie, au Roule et à Beauvoir. Le Tronquay et Touffreville étaient des centres importants de saboterie. Le nombre de sabotiers vers 1880 est évalué à 240 et la production annuelle à 422.000 paires de sabots. D’autres ateliers étaient  spécialisés dans la confection des attelles pour les colliers de chevaux et selles de limon, d’autres dans la fabrication des lattes pour plafonds comme à Ménesqueville. La production de charbon de bois n’a jamais été très importante.

Toujours d’après M.Louis Passy, la forêt de Lyons, vers 1880 , occupait environ 435 bûcherons occupés à l’abattage et au façonnage des bois  et si on y ajoute les ouvriers des diverses fabriques et ateliers, c’est un effectif total de près d’un millier de travailleurs qui vivait alors de la forêt. Il était déjà réduit de moitié en 1910 (570 travailleurs).

De nos jours
(1962), cette activité artisanale, ces multiples petits métiers de la forêt ont disparu devant les progrès de l’industrie, de la mécanisation et devant l’évolution sociale qui caractérise notre époque. Il ne reste plus en 1960, au pays de Lyons qu’une cinquantaine de bûcherons employé à l’exploitation des coupes. Dans le Pays de Lyons l’industrie s’est effacée, les scieries elles-mêmes sont rares et peu importantes. Les bois sont achetés sur pied et sont revendus en grume à des utilisateurs dans d’autres régions. La forêt de Lyons est depuis plusieurs années (avant 1960) un des centres les plus importants pour l’exportation du hêtre vers les pays étrangers, notamment vers la Belgique, la Hollande, l’Angleterre et même la Suisse »


Les sabotiers              Rosay Infos 94

      Dans la seconde moitié du XIXème siècle, une quarantaine de sabotiers du canton exerçaient à domicile, sous licence. Attirés par les forêts de hêtre, ils travaillaient ce bois à la fois dur et cassant pour en faire des sabots à bride, ou des "tinettes" tout en bois. Le sabot était alors le principal moyen de se chausser.

           Avec le temps et le progrès, ces entreprises familiales disparurent, les unes après les autres. Il n'en restait plus qu'une, avant la guerre de 14-18. Elle était installée, entre le Roule et Villaine dans un atelier tout en planche à coté de la maison occupée de nos jours par Mr et Mme Hébert. Maître Lucas, un breton, était le patron. Mr Dumont l’assistait.

           Mr Lucas quitte le Roule en 1920 et vient s’installer dans le petit chemin au-dessus de l’église entre les deux cafés. Les voisins se souviennent qu’ils étaient réveillés à cinq heures du matin par le bruit des copeaux qui volaient. Mr Lucas quitte Rosay en 1932 pour Ménesqueville.



L'entreprise de sabotier de M.Lucas, route de Lyons
Au fond, le Roule

         La fabrication des sabots


           Les billes de bois vert, d'un faible diamètre, s'étalaient devant  l'atelier. Selon les besoins, on les débitait à la scie à deux, à la pointure des sabots à réaliser. Ensuite, on fendait pour obtenir la bûche qui allait devenir sabot.

           La bûche était alors travaillée avec les outils traditionnels.

             Il fallait entre 3 et 5 heures pour faire la paire qui était vendue aux chalands ou dans les nombreuses épiceries d'alors.
             Comme ils avaient tendance à se fendre au séchage, on entourait le coup de pied d'un fil de fer maintenu par deux semences.

Les bûcherons et les charbonniers

          Durant la seconde guerre mondiale, la forêt de Lyons a vu renaître son rôle antique de ravitailleur en chauffage pour Rouen et Paris: bois de chauffage, bois à gazogène, charbon de bois. La fabrication de traverses de chemin de fer fut menée de manière particulièrement active. Une école pour la formation de traversiers fut même organisée!


Loge de charbonniers au début du siècle
carte postale anonyme en forêt de Lyons



Fabrication de traverses de chemin de fer
(photo des années 40)
Assis au fond, le patron Edmond Beauclé.
A la coupe sur la traverse, Inacio Costodio,
mon regretté voisin qui demeurait au Fol Accard

          Entre Vilaine et le Roule, Mr Gauthier exerçait l’activité de charbonnier vers 1930.
Dans le parc du château, sur les hauteurs près du chemin du Fol Accard, un charbonnier exerçait durant la seconde guerre.
            La rue des charbonniers à Rosay est un autre témoignage de cette activité au village mais je ne dispose ni de documents ni de témoignages.



Carte postale vers 1910-1920 : La famille Deshayes rue de la République à Rosay.
Cette entreprise, qui réalisait charpentes et clôtures,
avait bâti la fermette du château au siècle précédent. 

. De gauche à droite: André Deshayes (1891-1987), deux employés, Maxime Deshayes



L’entreprise cessera son activité vers 1975.



La famille Deshayes avec son établi de chantier.
de gauche à droite:
André, son frère Fernand et le père Léopold Deshayes (1864-1950)


La scierie-boissellerie GILLES-HALIPRE 1878-1934

En 1878, un coffretier malletier prend la relève. Il se nomme Charles Emile GILLES  et demeure à Rouen. Mais c'est son fils Emile André qui crée la scierie-boissellerie, connue de tous les anciens du village

La boissellerie produit brouettes, fléau, joug, chaufferette et quantité de petits objets de la vie quotidienne.


En 1895, l'entreprise adhère au syndicat de l’Andelle. La chute est déclarée à 2,20m et sa force à 11,4 chevaux soit 8,4 kW. On note aussi l’adhésion de la « petite filature » exploitée par Mr Mouquet à Ménesqueville.
En 1901, la scierie-boissellerie Gilles-Hallipré demande à la mairie une autorisation de détournement des eaux. Mr Laval, son directeur, souhaite procéder au remplacement de la roue à palettes par une turbine.

Les locaux sont rachetés en 1934 par Mr Savary qui se convertira dans le petit équipement électrique en créant la société Isodio quelques années plus tard. La société emploie 60 personnes et confie des travaux à domicile, entre autres l'ébavurage de pièces.

L’industrie à Rosay s’éteint avec sa fermeture en 1980.



La boissellerie du Roule
à droite trois frères Picard.
En veste noire à gauche,
Mr Parravez, maire de Rosay en 1922.


La boissellerie des Etablissements Gilles-Halipré vers 1905-1910.
Sur ce cliché est présent la totalité du personnel. Les chaufferettes, production principale.
debout de gauche à droite:
Léon PARRAVEZ, maire de Rosay en 1922, Roger PICARD, Albert PICARD fils, Albert FORTIER,
Albert Sénateur Picard , Ernest Saquet dont l'épouse tient le café du Roule et Mr LAVAL le contre-maître
assis: est-ce un autre Picard ou un ami de la famille? il est présent sur une photo de mariagede cette famille.

Albert Sénateur Picard,  né en 1864, était entré en 1878 à l'âge de 14 ans à la boissellerie comme en témoigne un certificat de travail établi en 1900.

Albert avait un hobbie particulier: la fabrication de baromètre à mercure dont l'un de ses petits-fils, Guy Picard, possède un exemplaire aujourd'hui en 2004.




L'image de la réussite sociale
: Ernest Saquet, contremaître à la boissellerie
Flora, son épouse qui tenait le café du Roule. La propriété n'a que peu changé.
Ils le revendront vers 1930 à la famille Gallard pour acheter un café-épicerie à Rouen
Cliché noir et blanc, colorisé artisanalement à l’époque, vers 1925


Les fardiers

          La famille Rouland exploitait la ferme du Roule qu’elle louait au Comte de Valon, le propriétaire du château de Rosay. Outre les travaux de culture et d’élevage, la famille complétait ses activités par le transport des billes de bois de la forêt de Lyons vers les scieries de la vallée de l’Andelle. La ferme disposait d’une dizaine de chevaux et pouvait ainsi constituer trois attelages. On les appelait les fardiers.


Cliché en forêt de Lyons près de la ferme des Fieffes à Rosay
Assis : Mr Martin, un sabotier qui demeurait aux Maisons Blanches

A droite : André Rouland       Au fond tenant le cheval : Clodomir Rouland


La Grande Rue de Charleval vers 1935
(devant l’actuelle 2002 boulangerie Delande et le salon Evelyne Coiffure)
Trois attelages dont un, hors cliché. Le convoi se rendait à la scierie de Douville sur Andelle
en tête : Mr Derly       au fond : André Rouland


La ferme du Roule. Le bâtiment derrière le pigeonnier a disparu depuis longtemps.
(photo de l’abbé Bretocq)


La famille Rouland pose dans la cour de leur ferme du Roule vers 1925.
Assis : Charles Rouland le père, Charles Rouland le fils né en 1916, Juliette Rouland
Debouts de gauche à droite : André Tellier, Lucienne Rouland, Mr Fletcher couvreur,
Madeleine Rouland son épouse, Louise Bléasse, André Rouland.


          Les grands-parents maternels de Louise Bléas (toujours en vie en 2006) avaient travaillé à quelques pas de là à la filature de coton du Roule.
          Sur ce dernier cliché, trois personnes impliquées dans l’action des résistants de l’O.R.A à Mortemer les 23-24-25 Août 1944. André Tellier et Charles Rouland, enfant sur ce cliché, avaient réussi à se sauver lors de l’encerclement du secteur de Mortemer par les allemands le 24 Août peu de jour avant la libération. Ils se cacheront quelques jours dans le kiosque de la résidence secondaire de Mr Alemme, proche de cette ferme. Louise Bléasse leur portera quelques nourritures.



Les marchands de bois et de grumes

            
             Les marchands de bois seront bien représentés au village jusqu'à la guerre 14. L'un d'entre eux, Léon Demouchy sera maire du village de 1892 à son décès en 1922. Les autres seront souvent conseillers municipaux.
             Ci-dessous, en-tête de facture pour quelques une de ces entreprises.







Florentin Letondeur sera membre de la première commission municipale scolaire en 1882.
Joseph Moisant en était également membre
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