1845-1938

Apollonie de la ROCHELAMBERT
Le vicomte Léon de VALON
Les belles années à Rosay sous le Second Empire.
La guerre de 1870
Les négociations de la paix : Mme de VALON et Auguste POUYER QUERTIER
La première tentative de restauration monarchique 1873
La seconde tentative de restauration monarchique 1879
La muse Apollonie de Valon
Les enfants de VALON
La période 1940-2000



Apollonie de la Rochelambert  
voit le jour en 1825.
Ses parents, qui possédaient un château à Thévalles (Mayenne), émigrent en 1830 dans la capitale de la Prusse, Berlin. Son père est français, sa mère est russe. Apollonie passe toute sa jeunesse dans ce pays. Elle avait « sucé l’allemand avec le lait et sa gouvernante ne lui parlait qu’en anglais ». Elle fréquente la famille royale de PRUSSE, les princes HOHENZOLLERN dont elle, sa mère et ses soeurs deviennent rapidement la coqueluche. Les cures dans les stations thermales sont les occasions de retrouvailles avec la Cour de France. Elle sera ainsi bercée sur les genoux de CHARLES X.



à droite: la marquise Apollonie I de la Rochelambert
née comtesse de Bruges (1803-1891)
mère de la comtesse de Valon




En 1839, deux années d’études à Paris au couvent des Dames Anglaises puis retour en Allemagne. A dix-huit ans, elle écrit sur son journal : « J’aime mes amies de Berlin, je n’aime pas Berlin, ce pays de sable et de poussière qui doit avoir été créé un mercredi des Cendres. Oh ! quand reviendrai-je en France dans mon Thévalles (Mayenne) ». La Comtesse Apollonie ressemble à ce portrait de Valentine de RAMBAULT dressé par George SAND (l’amie de pension de sa mère): « Elle est blanche, blonde, calme, grande, admirablement belle de tous points. Dans la courbure de son profil, dans la finesse de ses cheveux, dans la grâce de son cou, dans la largeur de ses blanches épaules, il y avait mille souvenirs de la Cour de Louis XIV ».
        
         En juin 1845, Apollonie obtient de ses parents le retour en France. Sur l’embarcadère, il ne manque personne : la famille royale de PRUSSE, les jeunes comtes BISMARCK, MANTEUFFEL, PERPONCHER qui s’est épris de la jeune Apollonie. Peut-elle imaginer qu’elle va se retrouver sur leur chemin, en dramatiques circonstances, 25 ans plus tard ?

Le vicomte Léon de Valon naît en 1811. Sa famille, originaire de Roc-Amadour, possède en Limousin, un domaine de 1000ha à Saint-Priest, un appartement parisien et un autre à Tulle. Son père avait été maire de cette ville et conseiller général. En 1827, sa grand-mère, la Comtesse de RUFFO, hérite de son cousin, le marquis de FREMONT, des terres et du château de ROSAY. Léon de VALON, un des hommes les plus brillants de la haute société parisienne, « était de belle prestance, de physionomie ouverte, agréable, respirant la loyauté et la bienveillance ». Ancien secrétaire d’ambassade à Vienne (à l’école du vieux Metternich), il est devenu, à 31 ans, membre de la Chambre des Députés en 1842. C’est un homme de sport, chasseur, très bon écuyer, fondateur du Jockey-Club. Un premier mariage n’a duré que quelques mois.

            La rencontre à Paris de ces deux personnalités
est inévitable. Toutes les convenances se rencontraient dans une telle union. Les de VALON, comme les la ROCHELAMBERT ont leur nom inscrit à la salle des Croisades. Roger de la ROCHELAMBERT est mort à la première croisade de Louis IX en 1250.
            Le mariage est célébré à la Chapelle des Missions Etrangères, le 25 Mai 1846.
Le jeune couple passe sa lune de miel au château de ROSAY, que Léon vient de recevoir de sa grand-mère, en héritage. Le bonheur serait parfait si la réélection de Léon, en Corrèze, ne lui donnait quelques inquiétudes. N’a-t-il pas trop délaissé ses électeurs ? Malgré un rapide séjour dans sa circonscription, durant l’été, il est battu de 39 voix au mois d’Août. Il en conçoit une telle amertume qu’il choisit de se fixer définitivement à son hôtel parisien de la rue de Bauvau et dans son château de ROSAY.

 

bouton d'alliance
de Valon- la Rochelambert

Jusque début 1900 le personnel des 'grandes familles' ... ou de celles qui voulaient 'paraître', était habillé d'une sorte d'uniforme appelé 'livrée' en général doté de boutons 'aux armes' (ou au monogramme) de cette famille.
Il pouvait y avoir le personnel de Monsieur, distinct du personnel de Maison; les boutons de ce dernier comportaient en général les deux blasons accolés. On parlait alors de boutons avec armes d'alliance. Il y avait également des boutons à monogramme, quelquefois avec couronne ajoutée, souvent pour le personnel qui 'sortait' madame en calèche vers le Bois ou les Grands Boulevards ...


Les belles années à Rosay sous le Second Empire.

             
             Le goût du plaisir, des sports, des réunions mondaines étaient alors surexcités dans la vallée de l’ANDELLE. Dès leur installation au château, les jeunes mariés s'attacheront à se créer un réseau d'amitié. Au nombre de leur amis on comptera les familles de Vatimesnil à Etrépagny, Onsembray à Fontaine-de-Rosette, Le Couteulx de Canteleu à Saint-Martin, de Pommereu au Héron, le comte de Lagrange à Dangu, la baronne d'Houdemare à Pont-Saint-Pierre, M de Merval.... Dans ce milieu privilégié, les visites de château à château, les soirées, la chasse à courre, les battues, l'élevage et les courses, les soins donnés aux progrès agricoles constituent une existence rurale fort animée et non sans charme.
             Le Second Empire n’avait pas gagné toutes les sympathies des centres aristocratiques, mais ceux-ci s’en accommodaient. Une grande prospérité régnait. Napoléon III avait les plus grands égards pour Apollonie, n’ignorant ni ses relations avec les HOHENZOLLERN, ni ses opinions royalistes. Il entretiendra par courrier des relations cordiales et suivies avec la Comtesse
.

Programme des festivités chez les amis et voisins
le comte de LAGRANGE
(extrait de l'ouvrage de Gustave Clément-Simon)
 


             
             De grands investissements sont réalisés au château. Gustave CLEMENT-SIMON écrit : « L’élevage, les chasses furent mis sur un grand pied. Des constructions furent entreprises. A la fin de l’année, le parc était transformé. Des travaux considérables : mouvements de terrain, plantation, massifs, allées, fabriques, furent exécutés sous l’œil du maître qui faisait manœuvrer le niveau et la mire, traçait, dessinait, car il était par don de nature, remarquable paysagiste de jardins anglais. C’est ainsi qu’a été créé ce merveilleux parc de Rosay »
             Sous le rayonnement d'Apollonie de VALON, le château devient salon littéraire et accueille la plupart des écrivains et artistes romantiques, notamment FLAUBERT et MERIMEE. La jeune Comtesse , qui aimait voir galoper les yearlings dans les paddocks du parc, verra parfois des élèves de ROSAY triompher sur le turf.
             La forêt de LYONS louée à l'Etat permet d'organiser de magnifiques chasses à courre très prisées des châtelains et des notables du Vexin.


Le comte René de Valon

            En 1856, la comtesse prend l'initiative de constituer un orchestre civil amateur à Tulle:" la fanfare de la ville de Tulle", ville dont son beau-père fût le maire. Un site créé à l'occasion de son cent cinquantenaire évoque la comtesse Apollonie, bienfaitrice et fondatrice de cet orchestre:
site de l'Orchestre de TULLE
            A cette époque, le Comte Léon rencontre un manufacturier de grande envergure: Auguste Thomas POUYER-QUERTIER qui possède des intérêts industriels et agricoles considérables. Il est maire de FLEURY SUR ANDELLE et Député de la Seine-Inférieure. Gustave CLEMENT-SIMON en dresse le portrait : « une parole facile, agréable, humoristique, une bonhomie entraînant la confiance, une mémoire prodigieuse, un réservoir inépuisable d’informations financières, industrielles : la science théorique d’un ancien de polytechnique et l’expérience d’un enfant de la balle »
             Le Comte de VALON est désormais entouré d'un cercle d'amis dont la fidélité et le dévouement le suivront jusqu'à la fin de sa vie. Il devient maire de ROSAY en 1865, Conseiller Général du Canton de LYONS et vice-président du Conseil Général de l’EURE.

             Les nuages s'accumulent à l'horizon de notre pays. Les armées de la PRUSSE depuis la défaite de l'AUTRICHE (SADOWA 1866) deviennent une menace pour notre frontière de l'est. Durant l'Exposition Universelle de 1867, le Prince Frédéric Guillaume de PRUSSE sera l'hôte de la Comtesse dans son hôtel parisien. Guillaume affiche une vive sympathie pour Napoléon III et souhaite resserrer les liens amicaux de son pays avec la France.
             Quelques esprits chagrins, dont POUYER-QUERTIER, de retour une tournée d’enquête industrielle en Allemagne, combattent la confiance et la sérénité de Mr et Mme de VALON.
            Menacé par la crise cotonnière, POUYER-QUERTIER devient résolument protectionniste, s'oppose au gouvernement, s’attaque à l’administration des Chemins de Fer et finalement perd son siège au Corps Législatif (24 mai1869).  
             C'est dans ce climat d'inquiétude que le Comte Léon célèbre le mariage de sa fille Apollonie-Valonette avec le Marquis Gaston de CASTELBAJAC, écuyer de l’Empereur, le 9 Juin 1869, en l'église de la Madeleine à PARIS.

La guerre de 1870

             Au mois de Juin 1870, même si la tension entre la France et la Prusse est grande, rien ne laisse présager l’imminence du conflit.
              Pour preuve, le Roi Guillaume de PRUSSE se met à jour dans son courrier et répond, le 18, à Mme de VALON. Il donne une suite favorable à sa requête en faveur de Mme de TRESSAN, accordant à celle-ci une rente.
              Le 15 Juillet, c’est la déclaration de guerre. Le soir même, de Paris, Mr de VALON adresse une longue lettre à son épouse, en cure thermale sur le Rhin depuis le 1er Juillet :
« Je suis sous le coup de l’émotion produite par les évènements… Une guerre pareille pour de tels motifs ! Vraiment les souverains sont fous ! Et pourtant l’enthousiasme est à son comble, toute la nuit les boulevards, les faubourgs ont retentis de cris, de chants belliqueux. Les étudiants, les ouvriers en foule marchent avec des drapeaux en chantant : « Sur le Rhin, sur le Rhin, » sur l’air des lampions. Que ne les prend-on au mot pour les y envoyer ! . … Parmi les amis de Bertrand admissibles à Saint-Cyr, plusieurs vont s’engager. J’ai grand peine à le retenir lui-même…»

              Et Mr le Comte, pragmatique, de poursuivre:
« … Joséphine de Werther (sœur de l’ambassadeur de Prusse) n’en n’est pas moins à Thévalles. J’ai écrit à ta mère de la garder, de la bien nourrir, au moins jusqu’à ton retour. C’est un otage. Si tu es retenue là-bas, hé bien, après la première bataille, nous échangerons les prisonnières… »
              Mme de VALON quitte SCHLANGENBAL, le 23 Juillet pour la SUISSE. Là, elle entre en contact avec l’Association Internationale de Secours aux Blessés Militaires ( Croix Rouge ) et munie d’un brassard, rend visite aux premiers prisonniers et blessés français d’INGELSTADT. A GENEVE, puis à PARIS , elle récupère un important matériel de soins : appareils pour les pansements, ceintures de fracture de côtes, bandes anglaises, gilets… De retour à ROSAY, elle entre en contact avec la Croix-Rouge des Andelys et devient présidente de la section le 13 Septembre.
              Après les premiers désastres de septembre, les deux fils de VALON, Bertrand 19 ans et René 17 ans, s’engagent.
              Au grand mécontentement des personnalités de notre canton, POUYER-QUERTIER ayant pour sa part remis une pétition des maires de son canton de FLEURY SUR ANDELLE, la ligne de défense de l’Epte a été écartée au profit de la ligne de l’Andelle. Le préfet des Andelys les qualifiera de « .. valets du despotisme… conspirant contre la sûreté de l’Etat.. ».
              Les prussiens occuperont les riches plateaux du VEXIN qu’on leur laissait libre, alors que leurs plans d’invasion de la Normandie étaient autres. Ils avoueront plus tard leur surprise.
Le 9 Octobre, GISORS est entre leurs mains. Leurs troupes manoeuvrent en direction de GOURNAY. L’arrivée des prussiens sur la vallée est imminente.
              Des troupes bien insuffisantes étaient cantonnées à LYONS et aux environs. Les Eclaireurs de la Seine étaient stationnés à LYONS. Un certain capitaine Robert LEFORT, logé à l’hôtel de la Licorne, se rendra régulièrement au château de Rosay. Il lie amitié avec la famille de VALON, émerveille tout son monde. Seule ombre, il affiche des opinions orléanistes et s’oppose régulièrement à celles légitimistes d’Apollonie.
              Le 15 octobre, les ANDELYS sont occupés. La veille, les prussiens ont marché sur ECOUIS et se sont heurtés à quelques cavaliers du 3ème hussard à la ferme de BREMULES. Du château de ROSAY, on avait pu entendre la fusillade. Mme de VALON se rend à ECOUIS pour vaquer à ses devoirs de présidente de la Croix-Rouge. Elle met aussitôt à disposition son château pour y créer une ambulance et y recevoir les blessés. C’est alors qu’elle s’approche d’un jeune prussien, à l’article de la mort, et lui adresse quelques mots de réconfort en allemand. Il n’en suffira pas plus pour que la rumeur se propage aux Andelys puis jusqu’à Rouen : elle est prussienne.Mr de VALON, en désespoir de cause, adresse aux journaux de la région, un courrier le 18 :
              « on répète chaque jour qu’elle est prussienne, et pour preuve on ajoute que le Roi de Prusse est venu dernièrement en cachette, dans une voiture dont les roues étaient enveloppées ; certains prétendent qu’il y est encore… hier au marché des Andelys, on racontait que vendredi après le combat qui a eu lieu près d’Ecouis, on m’avait vu donnant la main aux officiers prussiens et fraternisant avec eux. Cela est faux… »

              Un groupe d’habitants de ROSAY, mandataires de leurs concitoyens remettent à Mr de VALON une adresse revêtue de plus de trois cents signatures. Dans les jours qui suivent le Comte est réélu maire du village.
              Le 21 Novembre, Apollonie dresse, dans une longue lettre à sa mère, un tableau de la situation : « …Ah ! ma chère maman, quelle guerre et que j’avais raison de la craindre, de la pressentir mauvaise pour nous… …Vous imaginez-vous cette belle forêt de Lyons, pleine de francs-tireurs et de mobiles, fermes et villages regorgeant de tous ces hommes qui grelottent, manquant d’habillement, de chaussures, de tentes, de tout enfin ! des sentinelles à chaque route, à chaque sentier, vous demandant votre passe, des estafettes portant ordres et dépêches, des alertes continuelles. Et voilà comment on est, en présence depuis un mois de 3000 prussiens qui de Gisors promènent de droite à gauche, pillent, incendient les fermes, bombardent les villages, fusillent à tort et à travers. On a enfin de bons fusils et grâce à Pouyer-Quertier des canons qu’il a été rafler, au nombre de 100, en Angleterre… …Quand ils ont bien bu, ils défoncent les tonneaux, ils font de la litière avec les froments et avoines non battus. Peu importe à quels pays appartiennent les francs-tireurs ; s’ils sont pris, ils sont fusillés et regardés comme du village le plus proche, qu’on incendie sur l’heure avec de la paille et du pétrole qu’ils portent dans des petits pots… …Et dire, ma chère maman, que d’une heure à l’autre si j’entends le canon je n’aurai qu’à supplier la Saint Vierge de protéger René ! Il est aux avant-postes avec son troisième hussards, calme, courageux et charmant dans son uniforme de simple soldat ! Il dort dans les granges, dans les fossés, je pense même un peu sur son cheval quand il chemine. J’avais espéré que le nouveau décret refusant pour la cavalerie les enrôlés trop jeunes me le laisserait, mais l’enfant a su si bien retourner le général que Gambetta, ministre de la guerre, a fait une exception pour lui !… … Quand à Bertrand, il a eu la petite gloire d’être le seul homme du pays ayant pu mener 47 habitants de Rosay au petit combat d’Ecouis ! Je suis même bien tourmentée, car il est parti samedi joindre à Verneuil les mobiles de la Corrèze et voilà que les prussiens sont à Dreux et partout par là ; comment va-t-il passer ?… …. A Charleval, Cressenville, Gaillarbois, 1500 Hautes-Pyrénées ; à Ménesqueville, Rosay, Gisors, 1500 Landais ; et ainsi partout, aux Andelys, à Ecouis c’est l’Oise. Puis derrière chaque arbre des francs-tireurs qui ont fort bien bu le vin… …Je vous tiens quitte de toutes les calomnies dont nous avons été atteints ! Les rouges avaient beau jeu à monter la tête à toutes ces troupes… …j’ai été espionnée, guettée. On a tiraillé sur la route et bref on a compris que la peur ne me prenait pas. Résultat : Valon est nommé maire d’hier au soir ! … . … Mes trente-six ambulances fonctionnent. Vous pensez si ces 1500 hommes de troupe donnent du monde à soigner. A part mes blessés de Sedan, j’ai eu des petites véroles, des typhoïdes, des fluxions de poitrine, de tout enfin, et on saura et on dira un jour quels services on été rendus par la création de ces ambulances. Nous en avons une de marche, elle nous coûte 200 francs par jour pour trois voitures, huit chevaux, cochers, infirmiers, hommes pour ramasser et porter les blessés, quatre internes, un chirurgien à 20 francs par jour, un aumônier. On porte brancards, lits, tous les appareils à pansement, à opération, pharmacie, vin bouillon et on va à la bataille. C’est comme cela que j’ai été au combat d’Ecouis. Que Dieu protège les enfants, mais j’ai idée que la bataille est perdue. C’est Manteuffel qui arrive dit-on… Pour vous, chère maman affection tendre et dévouée toujours »  
                                                      
                                               Apollonie


"TOMBES MILITAIRES"       Loi du 4 Avril 1873
Le cimetière de Rosay conserve une place pour les morts de la guerre de 1870

             Le 4 décembre, les troupes du général MANTEUFFEL investissent la vallée de l’Andelle, réquisitionnant et brûlant à la moindre résistance. Est-ce sur recommandation du général MANTEUFFEL, mais ROSAY et LYONS seront moins maltraités ?
              Quelques paysans embusqués tirent alors contre l’avant-garde prussienne. Pris, ces francs-tireurs sont condamnés à être fusillés. En application de la proclamation prussienne de CLERMONT le 28 Août, ne seront traités comme prisonniers de guerre que ceux qui pourront justifier de leur appartenance à un corps régulier de l’armée. Le village de ROSAY doit être incendié. Le bombardement de LYONS est prévu. Mme de VALON plaidera habilement leur cause et les sauvera. Le général MANTEUFFEL se trouvant à ARGUEIL, Mme de CASTELBAJAC se fera connaître comme la fille de Mme de VALON et obtiendra un contre-ordre au bombardement de LYONS. Les amitiés de jeunesse de sa mère avaient sauvé les deux villages.Des lettres de remerciement seront adressées au château.
            Narcisse LEGRAND écrit le 18 :
« la journée du 6 décembre 1870 restera éternellement dans ma mémoire. Je verrai sans cesse Madame la Comtesse s’opposer à mon exécution et obtenir par son courage que l’on me rende ma liberté »

             et Joseph COMPAGNON
«Rosay le 9 décembre 1870                  Mme la Comtesse de VALON,
Il est difficile pour moi de trouver des expressions pour vous remercier de m’avoir rendu la vie… …Vous, Madame la Comtesse, malgré les médisances et la calomnie que l’on vous a dit de moi, vous avez quitté votre demeure pour venir supplier un simple colonel, pour qui ? pour moi… »

             Le nombre des graciés sera de huit à dix et un certain Pimpernel de Rosay, retenu quelques temps en prison.  

             Le jeune Lieutenant Bertrand de VALON sera blessé gravement à la suite d’une chute de cheval, le 7 Janvier. Il reprendra son service comme officier d’ordonnance auprès du général Brullé le 12 Février.
             L’armistice est signé le 28 janvier 1871.

Les négociations de la paix

             Le 8 Février à BORDEAUX, THIERS est nommé chef du pouvoir. Le 19, POUYER-QUERTIER fait partie du gouvernement comme ministre des Finances. Les allemands ont laissé ROSAY dans le plus lamentable état. Il avait fallu huit jours de nettoyage et de désinfection pour le rendre habitable.
             Le 3 mars, Léon écrit à sa femme :
« les prussiens ont imaginé de frapper sur tout notre pays déjà frappé par leur passage un impôt de 25F par habitants… …Une démarche en ton nom de Gaston (le gendre) à Versailles, où il a pris Treskow et Perponcher pour intermédiaire, a eu le résultat d’exonérer d’abord Rosay et Argueil entièrement … … Voilà donc la paix signée. POUYER, S.E. le ministre des finances me l’écrit, mais je n’en saurai les conditions que ce soir.. …s’il est vrai que BISMARCK ait exigé la cession de l’Alsace et de la Lorraine, il a commis une grande faute, car nos enfants les reprendront…La belle se jouera. Mais peut-être ne la verrai-je pas ?»

             Le 11 mars, Mr de VALON écrivait de Paris
« … une histoire, une jolie histoire ! … Ce commandant LEFORT, si bien tourné, à façons si charmantes, que tu as reçu à Rosay, avec qui tu avais plaisir à discuter, qui a passé deux mois à Lyons, logeant à l’hôtel de la Licorne, commandant d’un escadron d’éclaireurs rouennais… …chassant de temps à autre un uhlan à courre et buvant fort bien un verre d’eau de vie, cet homme qui a émerveillé Gaston, Valonette, toi et moi par sa distinction extrême, … …qui a fait la guerre en Amérique…sais-tu qui il était ! et quand tu le sauras, tu te pardonneras difficilement peut-être de lui avoir tenu certains propos politiques ! cet homme c’était le second fils du Duc d’Orléans…le Duc de CHARTRES »
             Le 9 Mars, le maréchal des logis René de VALON était décoré de la médaille militaire. Autre satisfaction pour la famille : la Marquise de CASTELBAJAC donnait le jour à un garçon, le 14 Mai (capitaine des Dragons en 1910)
Le 19 Mars, un télégramme de POUYER-QUERTIER informait Mme de VALON que la capitale était au pouvoir de l’insurrection communaliste. Le gouvernement légal s’était retiré à Versailles.
             THIERS, chef du gouvernement, confie à POUYER-QUERTIER la négociation de la paix avec la Prusse, en considération de ses relations avec BERLIN (en fait, celles de Mme de VALON). Le 5 Mai, le ministre des finances, s’attache les services du lieutenant Bertrand de VALON comme secrétaire particulier et l’emmènera aux négociations de FRANCFORT et de BERLIN. Bertrand retrouvera les nombreuses relations de sa mère et servira d’interprète. Les négociations de FRANCFORT débutent le 6 mai. Un traité est signé le 10 Mai.
             Le général de MANTEUFFEL, nommé commandant en chef de l’armée d’occupation, s’installe à COMPIEGNE. Ami personnel de l’Empereur de PRUSSE, il souhaite renouer rapidement des contacts avec ses relations de France dont Mme de VALON. La libération de l’Eure, la Seine-Inférieure et la Somme doit suivre le premier demi-milliard de rançon, à verser avant le 15 Juillet.
             Le 5 Juillet, POUYER-QUERTIER fait appel à Mme de VALON qui accompagne les négociateurs français à COMPIEGNE. Dépôt le 6 Juillet Ministre des Finances à Comtesse de VALON Argueil Seine Inférieure
« vu le général (MANTEUFFEL) pendant deux heures en tête à tête. Avec lui on se mettra d’accord par votre intermédiaire. Vous pouvez rendre d’immenses services à la France… J’ai payé 120 millions aujourd’hui, lundi le solde du premier demi-milliard. Evacuation de Seine Inférieure, Somme et Eure. Le reste bientôt si vous arrivez à temps.. »

             Le 5 Août, c’est Edwin MANTEUFFEL qui écrit à Mme de VALON :
« très gracieuse marquise Apollonie … Venez, venez, je vous en prie, ou si cela ne suffit pas, je vous en supplie venez ici…. C’est contre la nature que je dois parler de faire les honneurs de Compiègne à vous et à Monsieur le Ministre… Mr POUYER QUERTIER est l’un des hommes qui me font impression… »
             Le général MANTEUFFEL, le 10 Août, cette fois à POUYER QUERTIER :
« … je partage avec vous , Monsieur le Ministre, l’espoir que l’accord verbal qui s’est établi entre nous….que notre projet d’entente donnera, par l’approbation impériale - que j’attends avec impatience- des avantages réciproques aux deux nations… »
             Malheureusement BISMARCK veille et persuade l’Empereur de refuser cet accord. POUYER QUERTIER s’adresse alors par courrier le 14 Août à Mme de VALON :
« Au secours ! chère Comtesse, me voilà inondé de dépêches allemandes et françaises. Manteuffel, Saint Vallier, prince Bismarck, …dansent la sarabande. Il me faut votre connaissance des choses, des hommes, du pays, pour distinguer le rôle de chacun.. »
             Le 3 Septembre, la France réglait le troisième demi-milliard. Les départements parisiens étaient évacués.
             THIERS concevait l’idée d’une négociation directe à BERLIN, avec BISMARCK et l’Empereur. POUYER QUERTIER arrive à BERLIN le 8 Août 1871. Devant la surenchère permanente de BISMARCK, notre ministre obtient un entretien avec l’Empereur. BISMARK doit revenir à la raison. POUYER-QUERTIER signe une convention avec la PRUSSE, le 12 Octobre, dans des conditions jugées avantageuses par THIERS. 
             Le Ministre des Finances écrit alors à Mme de VALON :
« mon voyage à Berlin et la convention heureuse que j’ai pu y contracter le 12, resteront pour moi un des plus chers souvenirs de ma vie. Permettez-moi, en témoignage de notre vieille et solide amitié, de vous offrir une photographie qui rappelle cet événement qui s’est accompli sous les yeux de votre fils Bertrand de Valon.. »

             A partir de Novembre, la situation entre les deux pays se crispe. Des soldats allemands ont été tués. La France a acquitté ou refusé l’extradition des coupables. La presse allemande, BISMARCK sont déchaînés.
            Le Commissaire Extraordinaire du gouvernement, Mr de SAINT-VALLIER, sollicite le 19 décembre Mme de VALON :
« …la situation est fort difficile, d’ailleurs en ce moment bien plus difficile qu’à Compiègne cet été. L’irritation a fait de grands progrès de part et d’autre….Laissez-moi vous dire aussi, Madame, ma gratitude de l’appui que vous nous donnez. Je sais trop le bien que vous nous avez fait à Compiègne pour ne pas être certain que votre nouvelle intervention va encore apporter d’heureux résultats… »
             POUYER QUERTIER poursuit sa mission de libération totale du territoire lorsqu’éclate l’affaire JANVIER LAMOTTE, préfet de l’EURE ami personnel du ministre. Réfugié en SUISSE, accusé de virements fictifs (pratique courante sous le Second Empire !), il est finalement acquitté mais des esprit jaloux de POUYER QUERTIER obtiendront la démission de celui-ci en mars 72. THIERS l’acceptera mais aura la sagesse de lui confier la poursuite des négociations.
             L’évacuation totale du territoire sera effective le 16 Septembre 1873 à midi. En reconnaissance de son action dans la libération anticipée du territoire, POUYER-QUERTIER est directement élevé au rang de Grand Officier de la Légion d’Honneur, le 19 Octobre.
Il semble que des affinités secrètes aient lié ces deux natures plantureuses qu’étaient notre ministre et BISMARCK. On peut penser que POUYER QUERTIER n’ait pas été étranger à la conversion au protectionnisme du libéral BISMARCK. En 1871, lors des négociations de BERLIN, POUYER QUERTIER lançait:
« je vous paierais bien mille marks, au profit du bureau de Bienfaisance de ROUEN, qu’avant 4 ou 5 ans vous serez protectionniste ! »
             C’est tenu avait répliqué le Prince. Et après son revirement, il envoya à POUYER QUERTIER un chèque de 1000 marks signé : Bismarck protectionniste. 
             En Août 1872, Mme de VALON et son fils Bertrand effectuent un séjour de plusieurs semaines en Italie. Apollonie obtiendra une audience privée auprès du Saint-Père et l’entretiendra de l’église de ROC-AMADOUR, souhaitant son érection en basilique.
La première tentative de restauration monarchique

             Un peu de généalogie… 

             Les Légitimistes comme les Orléanistes sont issus de la lignée des Bourbons.
             Les légitimistes
             CharlesX, petit-fils de Louis XV, frère cadet de LouisXVI et de LouisXVIII, sera roi de France de 1824 à 1830. Son petit-fils, le Duc de Chambord (prétendant HenriV), chef du parti légitimiste, rassemblera sur son nom tous les partisans de la Restauration jusqu’à sa mort en 1883. Son successeur désigné sera le Comte de Paris.
             Les Orléanistes
             Leur famille descend en ligne directe de HenriIV et de Marie de Médicis. Louis-Philippe 1er , roi de France de 1830 à 1848, était le fils de Louis-Philippe d’Orléans. Ce dernier, connu sous le nom de Philippe-Egalité, était le cousin de Louis XVI. Celui qui avait voté la mort du Roi avant de connaître lui-même la guillotine. Dans les années 1870-1880, le Duc de Nemours, Louis, était le fils de Louis-Philippe 1er . Les neveux de Louis, le Comte de Paris (Louis-Philippe) et son frère le Duc de Chartres (Robert) étaient les petits-fils de Louis-Philippe 1er. Le Comte de Paris, décédé en 1999, était le petit-fils de Robert. Paris-Match a publié , dans un numéro de l’année 2000, l’album photo de l’expédition de Robert en Amérique vers 1860, pendant la guerre de sécession, le fameux commandant Robert Lefort qui avait ébloui la famille de Valon pendant la guerre de 70.


Un verre à la main, Robert le duc de Chartres.
Barbu, en tenue militaire, le Comte de Paris qui participe au conflit
comme aide de camp du général nordiste Mac Clellan.
Avec un chapeau, leur oncle, le Prince de Joinville.
Le prince avait eu la charge de ramener les cendres de Napoléon à Paris en 1840

             Après le renversement de THIERS en mai 1873 et son remplacement par le maréchal MAC-MAHON, aura lieu ce que l’on a appelé « l’essai de restauration monarchique ». Madame de VALON y sera mêlée activement. Les principaux organisateurs étaient de ses parents, de ses amis. POUYER QUERTIER avait été converti à la cause légitimiste qui considérait le Comte de CHAMBORD comme roi de France. Au salon de la rue Saint-Florentin, on préparait à la hâte l’intronisation du Comte de CHAMBORD. En novembre, après avoir franchi la frontière en voiture, celui-ci se rendra à VERSAILLES par le chemin de fer. Il devait alors revêtir un costume de général de division. La monarchie était assurée d’une majorité dans l’assemblée nationale mais celle-ci se divisera sur les conditions à présenter au Roi. La question du drapeau paraissait pourtant résolue.
             Le 19 octobre, Mme de VALON recevait du préfet d’une grande ville, le courrier suivant : « arrivez sans tarder, chère Comtesse, si vous voulez assister à un grand spectacle- les temps sont proches-.. »
             Le 27 du mois, le Comte de CHAMBORD maintenait irrévocablement son choix sur le drapeau blanc. Deux années d’efforts en vain, l’espoir d’une restauration monarchique s’effondrait. Certains penseront que le Comte avait trouvé là un excellent prétexte pour fuir ses responsabilités.

La seconde tentative de restauration

             En 1873, l’Assemblée Nationale avait élu pour sept ans MAC-MAHON président de la République. Le 15 février 1875, la majorité de l’Assemblée vote la loi constitutionnelle de la IIIème République. Le 16 Mai 1876, MAC-MAHON se sépare de son ministère issu de la majorité républicaine, menée par GAMBETTA. L’Assemblée est dissoute, mais les républicains sont réélus et confortent même leur majorité. MAC-MAHON, en maintenant son ministère, se trouve dans une situation intenable.
             Le maréchal pense à un homme comme POUYER QUERTIER pour mener son gouvernement. La situation presse, la Chambre doit entrer en session le 4 Novembre 1877. Le 2, BROGLIE, ministre de la Justice, écrit à POUYER QUERTIER (son président au Conseil Général de l’Eure)  : « .. je crains de ne pas vous avoir assez dit le service que vous rendriez au maréchal en lui apportant un ministère avant l’ouverture de la Chambre… Courage donc, tirez-nous d’affaire. C’est digne de vous… »
             POUYER QUERTIER répond alors au maréchal : « …c’est demain l’élection des Conseils Généraux, je suis moi-même obligé de passer ma journée dans mon canton de FLEURY SUR ANDELLE. Je ne pourrai donc rien faire dans la journée du 4 Novembre. Je serai de retour lundi pour prendre vos ordres, Monsieur le Maréchal… »
             Vers dix heures du soir, POUYER QUERTIER rentre alors à Rouen, lorsque le train stoppe. Le chef de gare, à la lanterne, cherche le wagon de notre homme et lui annonce « Mr le Président de la République me charge, par télégramme, de vous prier de vous arrêter ici pour revenir à Paris. Un train spécial est en route pour vous ramener »
             Finalement POUYER QUERTIER fait part, sans ambiguïté de son refus, par un courrier à MAC-MAHON : « …je ne veux point vous laisser ignorer plus longtemps que la mission que vous voulez me confier est irréalisable… ».
             Un premier ministère est composé le 23 Novembre, un second le 13 Décembre. Mais on n’aura pour autant pas cessé de solliciter POUYER QUERTIER.La campagne monarchique n’est pas abandonnée : la propagande se poursuit à l’aide de brochures, tracts, almanachs, conférences, banquets. Cette campagne est menée par le cousin d’Apollonie, légitimiste convaincu : Henri DREUX BREZE. Les souscriptions atteignent des chiffres très élevés. Mr de VALON et POUYER QUERTIER débourseront 10000F chaque année entre 1877 et 1879.
             En 1879, la mort tragique du prince impérial, au cours d’une expédition anglaise en Afrique du Sud chez les zoulous, laisse espérer aux royalistes un ralliement des bonapartistes. Ce sera une déception, madame de VALON pouvant tout de même se flatter de la conversion de Tristan LAMBERT. Le traité d’alliance entre légitimistes et orléanistes bat de l’aile.
             Au cours de l’année 1879, des manœuvres militaires importantes eurent lieu dans le VEXIN. Les Princes d’ORLEANS - Le comte de Paris - le duc de Chartres - le duc de Nemours- y assistèrent et passèrent quelques jours à CHARLEVAL. Le Duc de CHARTRES ne pouvait manquer à cette occasion de retrouver le château de ROSAY et la famille de VALON.
             En octobre 1879, Mme de VALON dans une très longue lettre à son cousin DREUX-BREZE, relate ses rencontres et sa correspondance avec ces princes orléanistes :   

                                                            «Mon cher Henri,  

             Je me réservais de vous conter, un de ces jours, au coin de mon feu ou du vôtre mes impressions sur la présence des princes d’Orléans dans la vallée de l’Andelle….je vais vous conter la visite que le duc de Nemours a bien voulu nous faire à Rosay. Le Prince arriva quelques minutes avant le déjeuner. Le duc de Chartres l’avait précédé…. Le duc de Nemours passant dans la salle de billard : « voilà Marguerite de Lorraine, dit-il. Vous avez là une duchesse d’Orléans, mais elle n’est pas mon aïeule. Je descends du duc d’Orléans, frère de LouisXIV » - « et de HenriIV, repris-je » - « et je suis ainsi le cousin du Roi, répondit le Prince » - « Ah ! Monseigneur, m’écriai-je, quel bonheur d’entendre chez moi Votre Altesse Royale prononcer ces mots : Le Roi !.. Je ne sais comment en exprimer ma reconnaissance. Les larmes me vinrent aux yeux…mais vinrent aussi aux yeux du Prince. Il me baisa les mains et dit : « je vous remercie Madame, de votre émotion, je suis heureux d’être chez vous»…Une heure après nous fûmes dans le parc, et toute ma vie je garderai le souvenir de la longue conversation dont Mgr le duc de Nemours voulut bien m’honorer…il me dit « …il faut une grande union entre tous les gens de bien…il faut que nous cherchions tous à ramener à nous les impérialistes catholiques et honnêtes et former un seul grand parti monarchique. En agissant ainsi, nous nous conformons du reste au désir exprimé par Mr le comte de Chambord…………….( puis parlant du comte de Paris) on lui reproche parfois de ne rien dire, de ne pas se montrer. On a tort. Du moment qu’il a été vers le Roi, il comprend avec raison que c’est au Roi à parler, à agir. On dit aussi que nous ne sommes pas tous d’accord. C’est faux encore. Toutes les questions de fusion, de rapprochement ont été décidées en famille..…il me dit que j’allais avoir la visite du comte de Paris, que je le trouverais très timide, mais que je rendrais justice à ses grandes qualités…...…Le Prince est resté une heure un quart. La conversation s’étendit sur les manœuvres, l’agriculture, l’industrie et le pays- « mon frère aime bien la forêt de Lyons et votre joli Rosay, me dit le Prince, il m’en a tant parlé, tant écrit, et cela pendant la guerre… Je connais Rosay comme si j’y étais déjà venu. Aussi avais-je bien à cœur d’y venir vous remercier de votre lettre du 29 septembre. Ma visite vous dit ma réponse » . Lorsque le Prince fut parti, M. de Valon me dit: « souvenez-vous que cette démarche du Prince est un fait politique »….
             Lisez ma lettre, si vous en avez la patience, mais ce que vous ferez certainement, c’est de dire avec moi : « Vive le Roi ! » 
                                                                    
                                                                    Apollonie
 
 

             Cette lettre d’Apollonie sera portée à la connaissance du duc de Chambord. Il en sera fort satisfait et qualifiera de « vaillante femme qui n’a jamais bronché » madame de VALON. Un incident, provoqué par un directeur de journal, avait laisser à penser quelques jours auparavant, à la discorde entre légitimistes et orléanistes. Mme de VALON avait reçu dans son château, de la bouche même du comte de Paris, son assurance de loyauté envers le duc de Chambord. Les banquets avaient repris dans le plus grand enthousiasme. Et Mr le Comte imaginait déjà sa femme aux portes de l’Histoire de France…
             Hélas pour eux, quelques semaines plus tard aux élections de 1879, le parti républicain devenant majoritaire au Sénat, MAC-MAHON était contraint à la démission. Les espoirs de Restauration s’évanouissaient, la République s’installait définitivement.
             
Plusieurs deuils frappent alors l’entourage de Mme de VALON. Elle s’éloigne de la vie politique.
Le Comte et la Comtesse ne passeront plus qu’une saison à Rosay, en raison des obligations d’élu de Mr de VALON. Ils se retireront à Saint Priest, sur les terres de son mari.

M de VALON décède le 12 mai 1887.

Mme de VALON s’éteint le 9 Avril 1904.




Marie Frédéric Amaury, le fidèle serviteur et la comtesse de Valon devant le château de Thévalles (Mayenne)



1847-1913  

LA CONSTANCE EN AMITIE EST VERTU NORMANDE
 
COMTE de VALON 1847-1887
VICOMTE de VALON 1887-1913  
Souvenir de 25 années de mandat
René de VALON Conseiller Général
La muse Apollonie de Valon


             Que ce soit rue de Bauvau, rue Saint Florentin à Paris, au château de Rosay, le Salon de Madame de VALON sera fréquenté par les plus illustres personnages du monde littéraire, artistique ou politique sous le Second Empire.

             Un article du magazine Air France Madame, sous la plume de Red Bucket, évoquait ainsi le château et sa comtesse en 1990: ROSAY irrésistible exemple de l’art du XVIIème siècle et rendez-vous des MUSES
 
        Très à l'ouest, au-delà de Vernon et des falaises crayeuses de la Seine, dans la plantureuse forêt de Lyons, il y a Rosay. A l'instar de la forêt, le château est imposant. Bel exemple d'architecture du XVIIème siècle, Rosay est bleu, blanc, rouge. Bleu pour le toit, blanc pour le crépi, rouge pour les garnitures de briques. Au crépi près, c'est comme un fragment de Place des Vosges transplanté à cent kilomètres de Paris.  
        Au détour d'un long corridor, on croisera des souvenirs plus littéraires que dans les autres demeures. Perrault, Flaubert et Maupassant trouvèrent à Rosay l'inspiration de nombreuses œuvres. Le Chat Botté est ici chez lui, bien que Rosay ne soit pas le château de Barbe Bleue. Rosay est une maison de l'inspiration, un de ces endroits privilégiés où l'imaginaire, pour quelque mystérieuse raison, semble fonctionner mieux qu'ailleurs. Il y a du fantasque partout: dans le contraste entre la masse impressionnante du bâtiment et l'atmosphère bohème qui y règne, dans l'imposante immensité du parc et l'espièglerie de cette petite rivière à pécheurs du dimanche qui le traverse, dans la légèreté générale qui émane de cette grande propriété.
        En 1697, Charles Perrault écrivit les Contes de Ma Mère l'Oye. Près de trois cents ans plus tard, Maurice Ravel les mettaient en musique, après un passage à Rosay. Dans les vastes salons en enfilade, on découvre encore de ces collusions musico-littéraires, du temps où Rosay, sous l'impulsion de la muse Apollonie de Valon, fut un des châteaux littéraires les plus fréquentés des alentours de Paris. Ses quatre suites et ses seize chambres doubles débordent des souvenirs de Prosper Mérimée et de Guy de Maupassant.
        Tout est joliment meublé. Au printemps, le parfum des seringats envahit les chambres et tourne dans l'air du soir. Une musique simple. 

           


La comtesse inspire aussi ses amis, parmi lesquels un certain Paul de Cassagnac.


Acrostiche par un ami personnel
    1873
 
        A Madame la Comtesse de VALON  

A vous seule appartient cette beauté sereine,
Pleine de majesté, comme un bandeau royal,
On voit sur votre front un reflet spécial,
Le reflet qui trahit la marque souveraine,
La légende le dit, et de vous je le crois,
On peut avoir vécu sur la terre trois fois,
Ne revenez-vous pas dans votre ancien domaine,
Implanter de nouveau le lys sacré des rois ?
Et lui, va-t-on le voir, puisque l’on voit la reine !
                            
                        Paul de Cassagnac    
                                             (1842-1904)


La comtesse de Valon

Portrait-charge par André GILL en 1878
Paul de CASSAGNAC se fera une bruyante notoriété
par les emportements de sa plume et par ses nombreux duels.
Rédacteur en chef du Diogène et du Pays


Les enfants de Valon
             Apollonie-Valonette, la fille, est mariée depuis 1869 au Marquis de CASTELBAJAC et vit au château d’ARGUEIL. Ils auront quatre enfants que l’on retrouve sur une page perso consacrée à la généalogie de la famille CASTELBAJAC. Le dernier de ses enfants, Gaston comte puis marquis, aura un petit-fils, Guilhem , actuel marquis de Castelbajac.(le couturier Jean Charles est son cousin )
Apollonie-Valonette décède en 1927.  


Séjour au château de Saint-Priest dont avait hérité Bertrand de Valon
Le marquis de Castelbajac au fond, en second plan la marquise Apollonie-Valonette



             Le Comte Bertrand
, lieutenant durant la guerre de 70, épouse Mlle Barachin en 1878, petite fille du maréchal Magnan. Bertrand fondera des équipages de chasse dans les Ardennes, puis dans la forêt de Lyons. Il disparaît en 1933, retiré à Chamant (Oise), village dont il fût maire..
             Le Comte Bertrand avait hérité de la fermette côte du château, au pied du chemin du Mont Conard. Les anciens du village se souviennent qu'il y séjournait lors de ses parties de pêche dans les pièces d'eau du château de son frère. Il arrivait, très belle voiture avec chauffeur, accompagné d'une ravissante jeune femme. Agé de plus de 70 ans, la belle vie semblait continuer.

             Dans son ouvrage "la chasse à courre en cartes postales", l'auteur Patrick Verro rapporte un portrait du comte Bertrand tracé par J.Kulp:
             Dès son enfance, il avait courru le lièvre dans les plaines de Corrèze, sur les terres familiales de Saint Priest où son père avait un petit équipage. Il fut, en 1870, aide de camp du général Ducrot puis secrétaire à Francfort de Pouyer Quertier. Il se maria en 1878 avec Mlle Barachin dont le père possédait la forêt de Silly-le-Petit dans les Ardennes; il y eut un vautrait.
             Puis il vint en normandie, où sa mère, née Larochelambert, possédait et habitait le ravissant château de Rosay. Il chassa le cerf dans cette forêt ainsi que dans celle de Brotonne en association avec M.Labitte et le comte de Meffray.
             Mis en rapport avec Joachim Lefèvre, on vit apparaître à Chamant " un Monsieur d'une trentaine d'années, très élégant de tournure, la figure un peu poudrée, avec de petits favoris blonds roulés, des cheveux blonds frisés au petit fer, soigneusement partagés par une raie par derrière et des guêtres blanches recouvrant ses souliers vernis au pinceau. Ce - gandin - ce - gomeux - était le comte Bertrand de Valon et c'était un veneur...Il est en effet devenu légendaire, avec sa cape feuille morte, ses cheveux longs et frisés, sa tunique et son gilet un peu usagés, sa culotte blanche et ses bottes à revers irréprochables et cet air à la fois accueillant et affairé qu'il avait au rendez-vous et qui rappelait celui d'une maitresse de maison attendant ses invités. De tous les Maîtres d'équipage que j'ai connu, c'est seulement lui qui approchait de la perfection...
             Il connaissait à fond la chasse du cerf. Il en avait la tradition et l'instinct: mais dans l'embrouille il manquait de décision. Très élégant cavalier, il savait à merveille se servir d'un cheval mais il n'eût jamais à la chasse, même dans sa jeunesse, l'allant et le perçant qu'il montra dans d'autres circonstances de sa vie. Il était inégalable comme diplomate et comme maître de maison. Il savait mettre du liant dans un équipage formé d'éléments parfois très hétéroclites et le maintenir homogène dans des circonstances difficiles, et puis il avait cette énorme qualité d'être aimé des dames... Bref, c'était un grand seigneur du XVIIIème siècle égaré dans le notre siècle, ainsi s'exprimait J.Kulp.

 


portrait réalisé par la baronne Lambert,
soeur de Robert de Rothschild


Le comte Bertrand de Valon à Fleurines

          La personnalité du comte Bertrand de Valon est évoquée par le texte et l'image dans une remarquable brochure réalisée par le musée de la vénerie de Senlis (Oise).
          Les deux portraits et la photo sont tirés de cette brochure disponible au musée.

Voir d'autres documents sur ce site:
La chasse à courre en forêt de Lyons



Bertrand de Valon disposait de cette maison
lorsqu'il venait rendre visite à son frère

             Le Vicomte René épouse Mlle de Saint-Léon et s’installe au château. Il est veuf durant la guerre de 14-18. En secondes noces, il se marie avec Marthe Marie Chainel de Nodi le 10 décembre 1931. Il n’aura pas d’enfant.
             Il s'était engagé à 17 ans en 1870. Il poursuit son engagement militaire et participe à l'expédition de Tunisie en 1881 qui aboutira au protectorat de 1882. Après le décès de son père en 1887, il prend sa succession politique et sera maire de Rosay, Conseiller Général du canton de Lyons et vice-président du Conseil Général de l’Eure.

Le vicomte René de Valon
             En 1937, ruiné, il est contraint de vendre le château à Mr Quevillon. Il se retire dans la demeure de son épouse à GRAINVILLE, dans une maison de maître située sur la nationale, à la sortie du village.
             Il décède le 3 Août 1940 et repose au cimetière de Grainville à 8 km de son château.
La famille de VALON s'éteint dans cette branche, les deux garçons n'ayant pas laissé de descendance.


Cette photo est prise à la porte-fenêtre de la maison de Grainville.

             Comment a-t-il pu dilapider autant de biens en un demi-siècle ?
             Le Comte Léon avait un jeune frère, Alexis, qui avait hérité des mille hectares du domaine familial de Saint Priest. En 1851, âgé de 33 ans, Alexis se noie au cours d’une promenade familiale en barque sur les bords d’un étang. Léon récupère les biens de son frère. La Comtesse de Ruffo, la grand-mère, qui avait légué à Léon le château de Rosay, possédait le château d’Argueil. On sait qu’Apollonie-Valonette s’y installera dès son mariage en 1869, le château probablement hérité. Propriétaire de plusieurs fermes, moulins, herbages, les revenus étaient multiples.
             Durant les années fastes, il y eût une dizaine de personnes employées au château. La vie se poursuivra ainsi jusqu’à la première guerre mondiale. Par la suite, le train de vie s’affaisse. Les charges du personnel s’alourdissent considérablement, les revenus des baillages sont moins lucratifs. Il semble aussi que certains abuseront de la crédulité du Vicomte. Les emprunts permettront de maintenir encore quelques années l’illusion.
             Les derniers biens de la famille de VALON seront dispersés lors d’une adjudication en 1942: la ferme des Fieffes, la ferme du Chêne Varin, l’ancien moulin à eau de la Bretêque et divers herbages au bord de la Lieure. L’ensemble représentait 20 lots. 



La période 1940-2000

             
             Lors de la seconde guerre mondiale, le château sera occupé par une compagnie d'infanterie allemande.
             Le château est ensuite revendu au début des années 50, à Mr TREDESSE. Il servira de « boite à bac » pendant les vacances durant quelques années. Le décès prématurée de son épouse qui dispensait les cours met un terme à cette activité.  
             Au début des années 60, débuteront les années noires du château. Ses nouveaux propriétaires procéderont au pillage des derniers biens. Massacre, démontage des cheminées. Déclarant vols sur vols le week-end, ils seront finalement surpris un lundi, par les gendarmes, une fourgonnette devant le château. La toiture prend l’eau…et le douves sont asséchées! Tout va alors de mal en pis. 
             Et c’est Maître CASTELLANE qui sauve le château dans les années 70. La toiture est refaite à neuf et les salles de réception aménagées dans l’état actuel. 
             Depuis les années 90, le château appartient à une société qui accueille dans ses murs séminaires, cérémonies, chambres d’hôtes et diverses manifestations. Au début de l'année 2002, deux frères Hugues et Robert Peloye se portent acquéreurs. Cela ne dure qu'une année.

visiter le site
              L'affaire est maintenant gérée par le groupe CHATEAUFORM'. Le château de Rosay va profiter au cours des mois suivants de nombreuses transformations ses murs et dans le parc avec installation d'un tennis, stand de tir à l'arc et la réfection des nombreux chemins. Le château accueille depuis le début de l'année 2005 séminaires, congrès, réunions.
             N’est-ce pas le passé prestigieux des lieux, de ses propriétaires influents, qui n’autorisent pas la demi-mesure ?

Souvenirs et hommages en 2005 et 2006




             En 2006, la ville de Tulle honore la fondatrice et bienfaitrice de l'harmonie municipale"Les Enfants de Tulle", à l'occasion du 150ème anniversaire de sa création.
             Le souvenir que la comtesse a laissé est marqué, aujourd'hui encore, par une profonde reconnaissance de la population


Bertrand de Valon, à droite
           En 2005, du 9 septembre au 19 septembre, le musée de la vénerie de Senlis (Oise) organise une exposition et édite une brochure à l'occasion du 70ème anniversaire de sa création.
           Cette brochure évoque le comte Bertrand de Valon et son équipage "Par Monts et Vallons". Le comte en avait été le fondateur et maître de 1885 à 1930